Justine Augier, 2024
Catégorie : Économie
Changer le travail
Justine Ballon, 2026
Ce que nos salaires disent de nous
Baptiste Mylondo, Rivages, 2023
Le désir de nouveautés
Jeanne Guien, La Découverte, 2025
https://www.editionsladecouverte.fr/le_desir_de_nouveautes-9782348083433
Pirater l’entreprise. Coopaname : 20 gestes d’une subversion managériale
Quand la naissance s’invite au travail
Shah-dia Rayan, Hélène Causse, Marie Dorge, Céline Pochon, 2020
La démocratie au travail – La SAPO, Société anonyme à participation ouvrière
Roger Daviau, éditions Repas, 2023.
https://www.editionsrepas.fr/catalogue/la-democratie-au-travail
Scions… travaillait autrement – Ambiance Bois, l’aventure d’un collectif autogéré
Michel Lulek, éditions Repas, 2009.
https://editionsrepas.fr/catalogue/scions-travaillait-autrement
Ce qui fonctionne :
- une histoire collective, entremêlée d’évocations de parcours individuels ;
- une histoire cahotante, qui se fait à tâtons, au gré des rencontres, de la confrontation à mille contraintes inattendus (scier ou raboter ? Vendre en grande surface de bricolage, ou en direct ?)
Ce qui pourrait être mieux :
- Avoir de vrais personnages, et donc un récit vraiment polyphonique, ce qui serait bien le moins pour l’histoire d’une coopérative. Le narrateur abuse de l’emploi du nous, forcément suspect, même si on imagine que eux, les autres, ont relu. Michel Lulek a peut-être le même rapport compliqué que moi au rôle de fondateur, du patron. On percevrait mieux les bifurcations si le récit descendait à l’échelle des protagonistes.
- De vraie scène, au sein de l’équipe, à l’extérieur, pour montrer des rencontres, des débats, faire découvrir les lieux.
- Des épisodes, des récurrences : de quoi se familiariser, apprivoiser le décor et des personnes, assimiler les idiosyncrasies de ce collectif ; et puis jouer aussi des ruptures, des surprises, donc des tensions entre configurations convergentes et divergentes (ce qu’on croit comprendre/ce qui n’est pas ce qu’on croit).
Extrait page 131
« Comment faites-vous pour embaucher ? » nous demande-t-on parfois. Interloqués, nous écoutons ce drôle de mot que la pratique à Ambiance Bois a rendu caduc. Embaucher ? Quelle drôle d’idée… On pourrait certes embaucher un mécanicien ou un charpentier, mais ce que nous recherchons d’abord ce n’est ni un mécanicien, ni un charpentier, mais un associé, un partenaire, quelqu’un avec lequel nous pourrions construire la suite de cette histoire. S’il est mécanicien ou charpentier, ce sera mieux, mais si ce n’est pas le cas, on fera avec, pourvu que la motivation soit là.
Aux entreprenants associés – La coopérative d’activités et d’emploi
Élisabeth Bost, éditions Repas, 2016.
Très détaillé sur les acrobaties juridiques à opérer pour monter un cadre d’emploi innovant, un type d’entreprise pas comme les autres. Du bricolage, mais au bon sens du terme : de la créativité, de la souplesse, du jeu avec les règles et les usages, quitte à défriser l’administration gardienne des règles et les syndicats pointilleux sur le « droit du travail ».
Très bon texte de Stéphane Veyer sur la loi Hamon de 2014 : soutien ou carcan ?
L’Agriculture comme écriture
Nina Ferrer-Gleize, GwinZegal, 2023.
https://gwinzegal.com/editions/l-agriculture-comme-ecriture
https://gwinzegal.com/expositions/l-agriculture-comme-ecriture-de-nina-ferrer-gleize
D’emblée, un bel ouvrage, qui impressionne : quel travail de graphiste, d’imprimeur ! On imagine les heures de discussions pour étudier les choix de maquette, de typographie, de papier, de coloris. Comment équilibrer parti pris esthétique (évoquer la terre par des teintes brunes, des polices grasses, un texte ferré à droite comme une trace irrégulière en bord de page extérieure), standards éditoriaux (trop urbains ?) et confort de lecture ? C’est un défi pour un livre qui veut explorer et exposer des traces du travail agricole, dans toute leur diversité : les représentations relevant du champ artistique, pas si nombreuses dans le monde paysan qui n’a guère inspiré les artistes des villes ; mais aussi, plus original, ce qui rend visibles les activités agricoles dans l’environnement de la ferme, dans le paysage ; et encore, de façon plus abstraite, mais essentielle pour une activité fortement inscrite dans le temps qui passe, des marques temporelles (comment dire ? Des chronogrammes ?).
Tout comme l’emploi du temps d’un éleveur laitier est un agencement complexe de tâches de natures très différentes, le livre est un montage soigné des différents textes et éléments iconographiques. On peut y lire des articles relevant d’une approche savante, restitution du travail de recherche de l’auteure dans le cadre d’une thèse menée à l’école nationale supérieure de photographie d’Arles. Comment comprendre le succès considérable d’un tableau comme Les Glaneuses de Millet, largement reproduit dans les fermes françaises, à commencer par celle de l’oncle de l’auteure ? Quelle trajectoire entre campagne et littérature pour des auteurs paysans, ou paysans auteurs comme Émile Guillaumin, Pierre Rivière, voire George Sand ? Que nous disent les photographies de Félix Arnaudin, entre esthétisme et ethnologie ? On y trouvera le journal de terrain de l’étudiante thésarde, sollicitant la châtelaine du coin pour exhumer de ses archives un contrat de fermage difficilement signé par un paysan ancêtre de l’auteure, interrogeant son oncle sur son refus obstiné de signer un contrat léonin avec la multinationale agroalimentaire qui lui achète son lait. Et, en cahiers insérés, le récit des séjours estivaux à la ferme familiale, avec de nombreuses photographies : les archives familiales, mais aussi des empreintes de roues de tracteur, des plis des bâches, des tuyaux d’arrosage, des bouts de ficelle, des entailles sur les murs. Et puis, dès la couverture, tout au long du livre, des relevés de déplacement de l’éleveur au fil de ces journées, condensés graphiques de son travail, gribouillis fascinants.
Le renversement est stimulant, pour nous qui aspirons à « dire le travail » : là, c’est le travail qui dit, c’est donc l’agriculture qui écrit. C’est l’agriculture telle qu’elle s’imprime dans le paysage, et alors dans ce livre.