Raconter pour relier

Cefoc, 2012.

Page 55. Schéma sur la construction identitaire.

Identifier et l’intrigue avec le raconteur : un moment clés de votre parcours ? Le jour où il s’est passé un truc important ? Et alors : comment en est-on arrivé là ? Et ensuite ?

Comment poser et tenir un cadre avec un groupe ? Il est en tout cas indispensable de le faire, sans en rester un énoncé formel initial.

Page 96. Structure d’analyse d’un récit (mais qui ne va pas très loin sur la question des potentialités)

Page 103. Paolo Freire. Rapport au savoir et rapports de pouvoir. Ceux qui croient savoir et ceux qui croient ne pas savoir.

Page 113. Les possibles surgissent de la confrontation des intentions au réel, d’où l’importance de décrire le contexte, les interactions entre toutes les parties prenantes.

La Colère et l’Envie

Alice Renard, Héloïse d’Ormesson, 2023.

https://www.lemonde.fr/livres/article/2023/08/23/la-colere-et-l-envie-d-alice-renard-naissance-d-une-voix_6186329_3260.html

https://www.la-croix.com/culture/Colere-lEnvie-dAlice-Renard-suivre-voix-2023-11-02-1201289185

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/la-colere-et-l-envie-le-premier-roman-d-alice-renard-5671920

Poétique

Aristote, Gallimard, 1996.

Page 88. « La tragédie imite non pas les hommes, mais une action de la vie, le bonheur et la fortune. »

Paragraphe 8 page 92. Le récit centré sur une action, même à propos d’une personne. Le personnage n’est pas tout l’individu, seulement celui qui participe à l’action évoquée.

Page 98. Trois parties constitutives de la fable : péripéties, reconnaissance et évènements pathétiques. Dit autrement : de l’imprévu, du mimétisme, de l’empathie.

Toute sa démarche intellectuelle dans le dernier paragraphe (page 138) : catégorisation (identification des variétés, des parties constitutives) ; évaluation polarisée (« les causes qui font que l’œuvre est réussie ou non, des critiques possibles et des réponses qu’on y doit faire »). En quoi cette posture très surplombante, docte, magistrale, a orienté la production intellectuelle ? Qu’est-ce que ça dit des frustrations plus ou moins conscientes du commentateur du travail des autres ? Pourquoi Aristote n’écrit-il pas lui-même de tragédies, alors qu’il prétend si bien savoir non seulement comment elles fonctionnent, mais aussi pourquoi elles sont (d’après lui, à la limite d’après le public) plus ou moins réussies ?

Depuis toujours nous aimons les dimanches

Lydie Salvayre, Seuil, 2024.

https://www.seuil.com/ouvrage/depuis-toujours-nous-aimons-les-dimanches-lydie-salvayre/9782021554557

Si j’en ai l’occasion, je demanderais volontiers à Lydie Salvayre quand elle a écrit ce livre : le dimanche, ou un autre jour de la semaine ? Je serai aussi curieux de l’entendre sur les efforts qu’il lui a demandés. À la lecture de ce texte pétaradant, j’ai ressenti une joie communicative à raconter les plaisirs langoureux du temps libre, des loisirs, à régler leur compte à tous les tristes sires hérauts du travail contraint, rentable, performant. Les mots coulaient-ils de source sous sa plume, ou bien a-t-il fallu aller les chercher par le col, mille fois remettre l’ouvrage sur le métier ? En tout cas, c’est un formidable travail d’écriture ! De belles pages sur « la paresse comme un art subtil, discret et bienfaisant », de vives critiques sur le travail contemporain à la sauce managériale, de fortes envolées politiques pour montrer tout le bien que la promotion de la paresse ferait à la Terre comme à l’humanité, de roboratifs exposés bien troussés de quelques penseurs qui l’ont précédée dans cette noble cause : Sénèque, Pascal, Charles Fourier, Paul Lafargue bien sûr, et puis Nietzsche ou Guy Debord à la rescousse ! C’est consistant, sérieux, mais aussi pétillant de quelques « blagounettes » proposées malicieusement aux promoteurs du dur labeur.

La lecture est portée par le choix narratif de recourir à un « nous » un peu mystérieux : on se demande bien qui est cette bande de bons copains (un peu à la Jules Romains), qui se pose comme narrateur, explique recourir à la plume de leur amie « Salvayre » pour pimenter leurs textes. On aimerait intégrer l’équipe ! Peut-être un embryon de parti politique ? Par contre, on voit bien qui sont les narrataires, explicitement désignés : les « apologistes-du-travail-des-autres ». Là, je m’interroge quant à la pertinence de développer longuement une argumentation, si pertinente soit-elle, à leur attention. N’est-ce pas quelque peu peine perdue que d’espérer les convaincre de quoi que ce soit ? Ne vaut-il pas mieux prôner une superbe ignorance à leur égard, et alors toutes les formes possibles de dérobade à leurs prêchiprêchas et leurs manigances ?

L’ouvrage échappe aux catégorisations : ce n’est pas un récit, pas un essai, encore moins une thèse, il n’est pas assez sérieux pour être un pamphlet, trop ambitieux pour n’être qu’un petit livre de métro. Il donne de quoi moudre si l’on veut élaborer davantage sur ce qu’on appelle travail, contrainte, loisir, divertissement. L’autrice décrit longuement, avec gourmandise, les mille-et-une façons de vivre (et pas seulement d’occuper) les dimanches, de jouir du temps libre, avec cet horizon : en faire des temps pour penser. Je le prends comme une belle invitation : comment investir les autres jours de la semaine, et alors le travail, avec un tel esprit de liberté, de partage ?

Patrice Bride