Georges Perec, 1978. Le Livre de Poche, 2010.
Imagination prodigieuse, certes, mais le mode narratif est constant : étourdissant pour moi.
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_mode_d%27emploi
Lectures en tout genre
Georges Perec, 1978. Le Livre de Poche, 2010.
Imagination prodigieuse, certes, mais le mode narratif est constant : étourdissant pour moi.
https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vie_mode_d%27emploi
Agnès de Clairville, HarperCollins, 2024.
Sympathique, dans tous les sens du terme, mais dont il apparait tout de même assez vite que la vie de veau vache cochon, et même le chat, n’est pas palpitante…
Olivia Rosenthal, Éditions Lignes, 2008
Voir https://www.editions-lignes.com/VIANDE-FROIDE-reportages.html
Paola Pigani, Liana Levi, 2021.
https://www.lianalevi.fr/catalogue/et-ils-dansaient-le-dimanche
À rapprocher de Hans Fallada, Quoi de neuf, petit homme ? : les années 30, le milieu ouvrier, les univers militants vus du (de la) prolo ordinaire, les difficultés d’un couple dans le dur d’un quotidien bouts de ficelle. Mais la comparaison est rude : l’écriture de Pigani est belle, soignée, évocatrice, mais peut-être trop chromo d’époque, un brin raffinée ; « l’embellie » de la mobilisation ouvrière un peu trop convenue, Fallada s’en tenant à des êtres ordinaires, ballotés dans des enjeux politiques décalés de leur quotidien. La chute est un peu plate : « Demain sera un autre jour. »
À l’atelier, Szonja apprend vite à se calquer sur les autres. S’accorder autant que possible au vide entre les machines et les corps des autres. Trouver sa façon d’exister dans l’odeur de l’acide sulfurique. Éviter de les regarder vraiment, les femmes, les hommes tout autour, se concentrer sur les matrices, sur sa tâche, plonger dans le rythme qui cadence ses propres pulsations cardiaques. Tourner avec les machines… Szonja le suit, ce mouvement, avec des gestes déracinés d’elle-même, loin du sang qui bat à la source. D’heure en heure, les gestes s’enchâssent, perdent cette rondeur inutile, leur petite suspension dans le regard si jeune, encore tendre d’ignorance. Le ventre, la poitrine s’aplatissent, les muscles durcissent dans le présent opérationnel, où l’on se fiche bien de son nom hongrois, de son âge, de son sexe. Ils sont si nombreux à venir du même pays, du même village, de la même langue. […]
Szonja fixe des yeux les flottes de viscose, ces écheveaux visqueux ; il lui faut rester attentive à la transformation de la matière souple jusqu’au débit du fil sans fin qu’elle tire avec les mêmes pensées. Elle se crée des rituels, imagine des choses pour oublier la fatigue, y fait un nœud mental à chaque heure écoulée de la matinée. Ensuite, elle oublie, prise dans la coulée des gestes répétitifs. Une mélancolie nouvelle s’étire alors tandis que la pluie s’abat sur la verrière.
[…]
Hier, dans sa chambre, après avoir fermé les volets, elle a placé ses mains sous la lumière chiche qui pend du plafond. Depuis ses débuts à l’usine, elle ne les avait jamais regardées ainsi, à l’intérieur, sauf pour en vérifier la propreté. Ne les avait jamais accolées, ne serait-ce que pour les placer sous le filet d’eau du robinet. Ces mains qui ne connaissaient que l’eau des vaisselles, des lessives, la terre des betteraves, les voici devenus agiles, capables de se placer au bon endroit, de se glisser entre le métal et la fibre artificielle, des mains utiles, des mains uniques. À l’intérieur de leurs paumes, elle ausculte le vide qui lui semble si plein à présent, les lignes devenues des rails et ces doigts, des baguettes dures : elles sont le réceptacle de corps étrangers, d’une matière tiède et changeante, ces mains, devenues passages de rudesse, de flux nerveux et de poison chimiques. Ses mains d’ouvrières.
Nadège Erika, Livres agités, 2023.
Léna Ghar, Verticales, 2023.
https://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Verticales/Verticales/Tumeur-ou-tutu#
Lorsque s’ouvre le roman, la narratrice vit en famille dans une « praison » où tout le monde est heureux si l’on se tait. Depuis son plus jeune âge, « une monstre horrifiante » sévit dans sa tête et la dévaste de l’intérieur, menaçant de ne pas la laisser en paix tant qu’elle ne l’aura pas identifiée. Or rien de ce qui sort de la bouche de la narratrice ne parvient à exprimer le mal qui la ronge. « Quand je trouverai le nom de la monstre infinie, je n’aurai plus peur. » De son « an 3 » à son « an 25 », elle ne cessera de chercher les mots pour nommer l’indicible, ou le mot, puisque ce qui ne peut être formulé en un seul vocable lui paraît suspect – d’où l’enchaînement de néologismes comme « praison » (maison, prison) ou « intimentissité » (intimité, immensité). Car la langue n’est jamais acquise chez Léna Ghar, elle se conquiert de haute lutte. Partout où l’héroïne cherche une issue, la parole est empêchée, même quand elle croit, un temps, avoir trouvé du répit dans la précision du langage mathématique, ou l’effet de résonance du discours amoureux. Dans Tumeur ou tutu, la romancière parvient avec une poésie rageuse à nommer les angles morts du langage, faisant de lui, par un subtil retournement, la seule promesse de libération possible. La narratrice nous entraîne alors vers la violence dans un geste de survie ultime, qui sonne comme une mise à mort : combien de mots auront été sacrifiés pour trouver le mot juste ? « Tu meurs ou tu tues », suggérait déjà le titre. A. Va
Olivia Rosenthal, Verticales, 2019.
Léo Lebrun, Le Panseur, 2024.