Le travail n’est pas une marchandise – Contenu et sens du travail au XXIe siècle

Alain Supiot, Éditions du Collège de France, 2019.

L’approche juridique me donne toujours impression de traiter les questions de façon très générale, abstraite, dépersonnalisée. Peut-être ça : un sujet en droit est aux antipodes du sujet de la psychologie, agité par son inconscient. Le droit règle des relations entre fictions juridiques comme le nombre émerge, par le langage, d’une analyse de la confusion du réel. Pour y revenir bien sûr, et le droit comme les mathématiques sont des outils remarquables pour façonner le monde. Mais avec, entretemps, le fantasme toujours possible de constituer un univers à part, exploré par des spécialistes de l’abstraction, à peine humains.
En l’occurrence, les outils juridiques affutés par Alain Supiot lui permettent de décortiquer de façon très convaincante les évolutions du capitalisme, de la période de promotion d’un État social au néolibéralisme en cours, de promouvoir sur ces bases « un régime de travail réellement humain, qui fasse place au sens le contenu du travail ». Certes, mais où sont les acteurs ? Qui a rédigé la déclaration de Philadelphie, à laquelle il se réfère fréquemment ? Au-delà de « repenser une architecture juridique », quels seront les tâcherons du bâtiment en question ? Par quelles activités concrètes de juristes, au sens large, de travailleurs du droit, des conceptions juridiques infusent-elles le fonctionnement d’une société ? Un beau chantier : faire parler les travailleurs du droit.

Je trouve qu’il se dérobe à une question majeure : qui produit le droit ? Qu’y aurait-il à comprendre en s’intéressant à la fabrique du droit, au travail effectif des prescripteurs et rédacteurs du droit ?

https://journals.openedition.org/nrt/8062

https://www.college-de-france.fr/fr/editions/le-travail-est-pas-une-marchandise-9782722605138