La jeune fille à l’usine

Nella Nobili, 1978. Cambourakis, 2022.

Le travail industriel attaque le corps : parce qu’il faut être tôt le matin à l’usine ; parce que la chaleur, les gestes, les bruits éprouvent les sens. Le travail industriel soumet l’enfant : parce qu’il faut obéir aux parents qui envoient à l’usine, aux contremaitres qui surveillent les cadences, aux machines qui imposent leur rythme.

Alors l’enfant rêve, l’enfant se préserve le droit de rêver, l’enfant s’acharne à rêver. L’enfant s’accroche à l’amitié des compagnons d’infortune. Et puis l’adulte écrit, de la poésie.

Et on a travaillé plus qu’avant

Et c’était vrai, on nous l’avait promis,

Pour une fois c’était vrai :

On ne voyait plus les heures passer,

Cette maudite pendule

Avance une allure folle

Plus le temps de rêver. Tourne la canne de verre

Dans la main gauche active la flamme au gaz

Tire la pointe encore rouge brule-toi les doigts

Souffle tire tourne pose

Coordonne tes gestes ne respire

Qu’au rythme de la pièce qui s’étire.

L’horizon par hasard

Anne Martine Parent, éditions La Peuplade, 2023.

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mes mots tombent par terre
roulent dans la poussière jusqu’à
faire des petits chats
pendant que
brulent les images
feu de larmes et de joie

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Je porte mes cicatrices à l’envers. Je tricote des histoires à n’en plus finir. Je garde mes scarabées bien au chaud dans ma gorge. Une pause. Et puis tout recommence : cicatrices histoires scarabées. Une symétrie sans trop d’accords. Un coucher de soleil aphone.

Poèmes pour apprendre à lacer ses souliers

Serge Pey. Le Castor Astral, 2022.

Assez fascinant par la capacité à associer des mots de registres extrêmement différents d’un vers à l’autre, en provoquant des effets de sens toujours incongrus. De l’art de l’écart, au risque de perdre, ou au moins de lasser le lecteur.

Étonnante biographie finale, sur le mode de l’éloge, voire de l’étalage prétentieux de la satisfaction de l’œuvre accomplie. Monsieur est graphomane, touche-à-tout, tient à le faire savoir.