Le blé des physiocrates

Aliénor Bertrand, Cahiers philosophiques, 2018

https://www.cairn.info/revue-cahiers-philosophiques-2018-1-page-9.htm

« Resémentisation » par les physiocrates du terme « blés » : quand les paysans désignent ainsi non seulement tout un éventail de plantes céréalières ou de légumineuses cultivées en saisonnalité, avec un travail spécifique des terres, mais aussi ces terres à « bleds » elles-mêmes, l’activité d’entretien minutieux qu’elles nécessitent, les physiocrates le réduisent au froment, pour en faire un indicateur de production agricole (calcul de rendements, à partir de la mesure des intrants), et même un équivalent général sur les marchés agricoles. Ce n’est pas une « épistémé » (Foucault) ou un mode de production qui se substitue à un autre, ce sont deux configurations du rapport au vivant, au travail et au végétal qui cohabitent, s’opposent, dans les représentations comme dans les pratiques. L’enjeu est la production (les cultures « vivrières » sont bien plus sécures pour les paysans que la production pour le marché), mais aussi le rapport au travail vivant, au travail en général. Le dénigrement du travail paysan est impressionnant, par exemple chez les encyclopédistes, ou les botanistes qui se posent en rivaux dans la connaissance du végétal.