Le monde extérieur

Maurizio Ferraris, Cerf, 2001

« La tâche n’est pas tellement de voir ce que personne n’a encore vu, mais de penser à ce que personne n’a encore pensé à propos de ce que tout le monde voit. » (Schopenhauer)

Page 91. Critique de Kant : « savoir s’il existe un monde extérieur » est pour lui la même question que « savoir si ce monde est exactement comme je me le représente. » Ferraris s’en prend à la distinction entre noumène et phénomène : où est le rouge, quand je dis « la rose est rouge » ? Seulement dans ma perception, dans mon œil ? Le rouge dans sa matérialité resterait inaccessible ?

Nous ne connaissons (voyons ?) que l’extérieur des choses : si on coupe la pomme de terre en deux, on voit deux morceaux de pommes de terre.

Étonnant, et, disons, bien peu français : c’est pétillant, mais aussi consistant ; très sérieux, mais aussi très ancré dans l’environnement quotidien, jusqu’au clin d’œil. Et pourtant frustrant, parce que plus ébouriffant que coiffant ; de l’ordre de la discussion continuée à voix haute : pas facile de s’y insérer.

Et pourquoi vouloir à ce point (ça semble important, et il y consacre beaucoup de place, de temps et d’énergie) s’en prendre à Kant ? Il a manifestement une préoccupation de vulgarisation, d’accessibilité par l’ancrage dans l’ordinaire, mais il ne va pas jusqu’à raconter son travail, ce qui l’anime, ce qui porte son engagement subjectif.

Bon résumé du problème de Kant : page 153 (à reformuler pour moi !)

Page 170 : distinguer ce qui est (et alors du ressort de l’ontologie) de ce que l’on perçoit (étudié par l’épistémologie)

À force de multiplier les exemples évidents, banals parce que relevant de la vie quotidienne, on comprend encore moins l’objet de son discours, avec qui il polémique, qui et de quoi il veut persuader. Il me semble que ma distinction réalité/réel me suffit, que son combat est alors d’arrière-garde.

Quelle est ma définition de concept ? Un mot organisateur d’un discours, ce serait déjà pas mal ; un point d’appui pour parler, élaborer avec autrui. Parler de quelque chose, bien sûr, comme n’importe quel mot.

Critique de l’empirisme : l’œil ne voit pas toujours clair, se laisse berner par des illusions d’optique (le bâton brisé dans l’eau, le mouvement du soleil), et pas mieux pour l’ouïe, qui n’entend pas tout, plus que tout quand on hallucine.

Résumé de son approche, page 302 et suivantes

Le problème ontologie/épistémologie rapporté à la distinction voir/penser : peut-on voir sans penser ? Penser sans avoir vu ? Questions profondes ou bien bébêtes ? Au moins, reformuler de façon ouverte : comment, ou quand voir sans penser ? Comment, ou quand, penser sans avoir vu ?

Sa postface en dit long : ce qui le préoccupe est de se situer dans sa relation filiale à Derrida, dont il partage le jeu de langage et la forme de vie, de colloques en publication savante à dédicacer.

https://www.editionsducerf.fr/librairie/livre/19889/Le-monde-exterieur

https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/12/23/le-monde-exterieur-de-maurizio-ferraris-la-realite-sensible-fait-trembler-la-philosophie_6155553_3260.html

https://www.philomag.com/articles/maurizio-ferraris-limbecile-que-donc-je-suis?check_logged_in=1