Poèmes pour apprendre à lacer ses souliers

Serge Pey. Le Castor Astral, 2022.

Assez fascinant par la capacité à associer des mots de registres extrêmement différents d’un vers à l’autre, en provoquant des effets de sens toujours incongrus. De l’art de l’écart, au risque de perdre, ou au moins de lasser le lecteur.

Étonnante biographie finale, sur le mode de l’éloge, voire de l’étalage prétentieux de la satisfaction de l’œuvre accomplie. Monsieur est graphomane, touche-à-tout, tient à le faire savoir.

La Plongée

Lydia Tchoukovskaia, 1946-1957. Calmann-Levy, 1974, 1989.

Un aperçu de la vie quotidienne dans un monde d’oppression. Il faut en permanence composer avec d’une part les traumatismes, les convictions, d’autre part les jeux de dupes pour faire bonne figure, ne se livrer qu’avec parcimonie. Tous les degrés des comportements humains ordinaires, quand il s’agit d’avaler des couleuvres de la conformité sociale. Là, c’est particulièrement délicat quand la pression de la norme consiste en la chasse au « cosmopolitisme » (appellation officielle de l’antisémitisme de la période Jdanov), et quand la mise au point des récalcitrants, la coercition des marginaux repose d’abord sur la violence policière directe, radicale. Mais ce que l’on mesure aussi, c’est ce qui parait normal à l’individu des sociétés libérales occidentales relève alors de la marginalité. Bon gré mal gré, ce sont ceux qui sont dans une autre norme, qui, bon an mal an, jouent le jeu de « la propagande », qui sont majoritaires. Même hypertrophiée, la police ne peut jamais que s’en prendre à une minorité, ne peut jamais contenir une majorité de la population qui n’adhèrerait pas d’une façon ou d’une autre à la légitimité du pouvoir en place.

https://www.lebruitdutemps.fr/boutique/produit/la-plongee-27

http://www.lacritiqueparisienne.fr/75/lydia.pdf

Il y a des dieux

Frédérique Ildefonse, PUF, 2012.

https://www.puf.com/content/Il_y_des_dieux

https://culture.uliege.be/jcms/prod_1302903/fr/frederique-ildefonse-il-y-a-des-dieux

Le rituel pour faire sans penser : une série d’actes balisés, convenus, et alors rassurants en ce qu’ils dispensent de l’épreuve de la recherche de sens. C’est comme ça, parce que c’est le rituel en lui-même qui veut ça. L’injonction permanente à donner du sens est propre au monothéisme (platonisme ?) affirmant une cause unique à la marche du monde : le péché originel, la volonté divine, le dogme. Le polythéisme est du côté de la pluralité : la pluralité des causes, des instances psychiques intérieures (vs un « moi » unitaire), laisse de la place à la disparité, au foisonnement, à la coexistence (à rebours du sujet cartésien sartrien).

« Ne pas s’identifier à ces états permet de laisser la place, le jeu pour le changement, le fait d’échapper à la répétition. Le vieil auxiliaire, l’associé et le complice de la répétition, c’est l’identification — identification qu’en un certain sens présuppose l’accord platonicien, l’assentiment stoïcien. Il s’agit ici de désadhérer, de lever l’adhérence. »

« Ce qui nous intéresse, c’est la structure propre de la mystique africaine, en opposition à la mystique chrétienne. Tandis que cette dernière s’achemine vers la fusion de l’âme, par une lente ascension à travers la nuit des sens et la nuit de l’esprit, l’autre tourne autour des dieux qui viennent posséder l’arme et, par conséquent, en une descente du surnaturel dans le naturel. […] L’individu ne nait pas complet ; il nait par fragments successifs, par étapes, de telle sorte qu’il ne meurt pas non plus en une seule fois, quand il rend le dernier soupir ; il meurt aussi peu à peu. L’homme n’existe en tant qu’homme, que lorsqu’il possède un certain nombre d’âmes, toute une stratification psychologique intérieure, premièrement l’âme de l’aïeul, après le nom sacré et secret, l’âme des forêts, et enfin l’orixà qui vit en lui comme une sorte d’ange gardien qu’il visiterait. » (Roger Bastide)

L’Europe dans sa première croissance – De Charlemagne à l’an Mil

Pierre Toubert. Fayard, 2004.

Photocopies

Page 92 : « Des besoins nouveaux, et donc de nouvelles exigences se sont alors faites jour dans le monde seigneurial, que la paysannerie dépendante a été en état de satisfaire grâce à sa participation au plus bas niveau de l’économie d’échange. » Formidable enchainement d’euphémisme pour décrire l’exploitation du travail !

Tout le livre est un très bel exemple d’histoire prétention objective (c’est bien ce qui s’est déroulé) par ce qu’elle décrit le monde du point de vue des dominants (un monde en croissance, « en rationalisation », c’est-à-dire, dit autrement, engagé dans un développement tiré par le parasitisme de l’élite seigneuriale, qui parvient à contrôler à son service à la fois le travail paysan [les manses] et le milieu naturel [les essartages]).

Page 93 : « la construction des moulins de brasserie a connu dès le XIXe siècle un démarrage contemporain d’une rationalisation des structures domaniales. »

Page 94 : du rôle social des moulins dans l’organisation du travail, et alors la coopération/exploitation sociale.

Page 97 : « Le mouvement général de diffusion de la Mansus-Ordnung en Occident à partir du IXe siècle marque une étape décisive de maturation du régime domaniale. Il traduit, certes, un effort d’encadrement et de contrôle social plus strict (là, l’auteur réprouve) de la paysannerie par la classe seigneuriale. Mais cet effort ne doit pas nous dissimuler un souci parallèle d’optimisation économique de la rentabilité globale du grand domaine. » (Ça, c’est bien)

Page 108. « Au-delà d’une prétendue “loi de fonctionnement du régime domanial” cher à W. Sombart, en vertu de laquelle la production de la curtis n’aurait été ordonnée qu’aux fins de couverture de ses besoins propres, le grand domaine a assumé, pour la production artisanale domestique comme pour la production agricole, une fonction générale de concentration des surplus dégagés par le travail diversifié de dépendants paysans de plus en plus nombreux à œuvrer dans le cadre de la petite exploitation héréditaire. » Avec une limite tout de même : ses terrains d’observation sont quand même limités et peut-être spécifiques (vallée de la Meuse, Bassin parisien, Italie du Nord).

Un livre érudit, d’experts à expert, mais qui s’assume comme tel, de façon remarquablement bien tenue.

Forcément un effet déformant (ici, conscient et maitrisé) des sources écrites : ce sont celles des monastères, avant tout !

L’Homme, une espèce déboussolée – anthropologie générale à l’âge de l’écologie

François Flahault, Fayard, 2018

À quoi mesurer l’excès de prétention ? Le décalage entre l’ambition annoncée, au risque du ridicule, et la qualité de la production intellectuelle ? (Mais comment mesurer une telle qualité ? En racontant le travail de l’auteur ?) Quels sont les indices qui me font repérer toutes les limites de l’intérêt d’un tel livre ? Indices externes : l’éditeur (pas trop dans le créneau universitaire), le préfacier (pas trop dans mes références, neuropsychologue), l’écho (faible) obtenu dans la presse. Indices internes : l’aplomb, jusqu’à l’arrogance, de celui qui a tout compris ce que personne n’avait compris avant lui, qui délivre ses lumières universelles, fort de ses études, de son érudition ; des contradictions internes (là, c’est plus compliqué) :

  • la prétention à aller jusqu’au bout du matérialisme, tout en prétendant renouveler la conception commune de « l’Homme » par la force seule d’un seul le livre, par la puissance (forcément limitée, quoi qu’il dise) du raisonnement de son auteur ;
  • l’abus du langage, c’est-à-dire le manque de rigueur dans l’emploi des mots (sous prétexte de vulgariser, j’imagine, puisqu’il s’agit de renouveler la conception ordinaire de l’homme du social, d’atteindre le quidam). Page 31 : « le cerveau de l’Homo sapiens n’est pas seulement une partie de son corps : c’est une éponge imprégnée de son milieu de vie. Le cerveau de l’Homo sapiens se construit et acquiert ses capacités en étant, en quelque sorte, colonisé par son milieu de vie – mais ce processus n’est pas subi par le cerveau : celui-ci y participe très activement. »
  • L’abus de langage, au sens de la logorrhée : enchainer les idées, les citations, les affirmations, du coq à l’âme, sans jamais prendre le temps de les discuter vraiment.
  • Sous prétexte d’accessibilité, conjuguer simplisme (opposé de « paradigme ») et complexité (en multipliant les références).

Page 39. « Peut-on dire que « il n’y a pas de nature humaine » ? Oui, si l’on admet par là qu’il n’y a pas eu naissance de l’homme (sans H !) faisant de lui un être bon ou méchant, égoïste ou altruiste par nature. Non, si l’on veut dire que l’homme a le pouvoir prométhéen de se faire lui-même. Car il y a bien une nature humaine au sens où l’homme existe nécessairement dans et par un milieu de vie (à commencer par son propre corps). » De quoi vacciner contre l’arrogance intellectuelle ? Elle m’apparait ici crument : peut-être s’en méfier dans d’autres cas ? Écouter ce qui se dit, le plus sérieusement possible, pour ne pas se laisser emporter par le propos. Un critère : ce qui me stimule, me fait cogiter, m’envoie sur de nouveaux chemins, des concepts que je peux m’approprier ; ce qui me fait réagir, me braque, me déplait.

https://www.fayard.fr/sciences-humaines/lhomme-une-espece-deboussolee-anthropologie-generale-lage-de-lecologie-9782213681535

https://www.philomag.com/livres/lhomme-une-espece-deboussolee-anthropologie-generale-lage-de-lecologie

La connaissance de la vie

Georges Canguilhem. Vrin, 1965 / 1992

Introduction

Qu’est-ce qui donne ce côté vieillot (années 50) à ces propos, contemporains de Foucault ou de Sartre ? De grandes généralités sur « l’homme », « la vie », « la connaissance », de grandes phrases qui poursuivent une discussion que j’essaie de saisir, une vie humaine plus tard. Pourquoi lui plutôt qu’un autre philosophe, parmi tous ceux qui écrivaient alors, de revues en colloque, sans doute un peu dans le même style ? Peut-être n’est-il l’homme, l’auteur, que d’un seul livre, voire d’une seule idée, intuition, concept ? Sa principale préoccupation, pour ce que j’en comprends : résister à l’influence de la science analytique, qualitative, triomphant en biologie, en tenant bon le point de vue du médecin soignant un être humain, et alors philosophe (mais, malheureusement, devenu seulement philosophe ? ». Il est d’abord épistémologue : cf. préface, définition du haut de la page 10.

Abus fréquent et frappant de métaphores : mais peut-on s’exprimer autrement ?

Le normal et le pathologique

Page 156 : définition « loi de la nature », règles et exceptions, normes et écarts à la norme.

Page 157. Citation de Claude Bernard sur type/individu

Canguilhem et les normes

Guillaume Le Blanc. PUF, 1998

https://www.puf.com/content/Canguilhem_et_les_normes

https://www.persee.fr/doc/phlou_0035-3841_2000_num_98_3_7321_t1_0634_0000_2

Curiosité par rapport à Yves Schwartz (en tout cas pour ce qui est de la première approche du Canguilhem, la santé à l’échelle physiologique individuelle) : la norme est postérieure à l’objet, l’évènement ou l’acte (page 18). Le vivant est en bordel, dans lequel le langage établit un ordre à postériori.

Page 45 : « C’est bien […] parce qu’il y a des hommes qui se sentent malades qu’il y a une médecine, et non par ce qu’il y a des médecins que les hommes apprennent d’eux leurs maladies. » (Le normal et le pathologique, page 53)

« Dire que la douleur n’a de sens que pour l’individualité humaine, c’est souligner qu’une telle individualité est la seule à pouvoir s’organiser en subjectivité pour la quête de sens que sa conscience implique dans le rapport à la maladie. […] L’homme fait sa douleur comme il fait une maladie ou comme il fait son deuil, bien plutôt qu’il ne la reçoit ou la subit. » (Le normal et le pathologique, page 56)

Page 51 : apports de Canguilhem

  • La prise en compte des éléments d’individualité et de subjectivité (cf. aussi page 46) présents dans la maladie.
  • La maladie comme expérience vécue, engageante.
  • La maladie comme expérience globale (et pas dysfonctionnement mécanique ou organique).
  • La maladie perçue subjectivement.

Mais alors, quel rapport avec les déterminants matériels (la blessure, les interactions bactéries pathogènes et le système immunitaire, etc.) de la maladie et l’expérience qu’en fait le patient ?

Page 56. Définition de la normativité/normalité : polarisation de ce qui profite/nuit à l’organisme dans sa relation à son milieu (ce que ne fait jamais une machine, même électrique). cf. citation de Nietzsche

Page 58 : « l’acte simple de la nutrition » (à opposer au « travail » déconsidéré par Hannah Arendt)

« Valeur » non au sens moral du bien et du mal, mais au sens polarisation en positif/négatif : ce qui a de la valeur pour le vivant. Au risque de la tautologie ? « La vie est l’excès de valorisation sur la dévalorisation qu’introduit la mort. »

Page 57. « Qu’est-ce qu’être actif ? C’est tendre à la puissance. » (Nietzsche)

Page 74. « Être en bonne santé signifie donc la possibilité de courir des risques, de faire surgir de l’imprévu. »

Page 111 : « L’erreur interne au savoir est un prolongement de la vie capable d’erreur. » […] la vie aurait donc abouti par erreur à ce vivant capable d’erreurs. » Mais n’y a-t-il pas un abus de langage autour du même mot « erreur », tout comme « norme », « vie », pour faire résonner (plutôt que relier intelligemment ?) des références très diverses (biologie vs épistémologie) ? Canguilhem oublie (?) en particulier que la lecture de la reproduction d’une cellule vivante en termes d’information génétique est déjà un discours. Parler d’erreurs génétiques résulte du placage (faute de mieux ?) du vocabulaire disponible sur des phénomènes vivants.

Le livre distingue nettement deux étapes dans la réflexion du médecin philosophe :

  • Le normal et le pathologique dans la perspective médicale de la compréhension de la maladie : celle-ci comme un phénomène qualitativement différent, subjectif, dans une conception donc radicalement différente du positivisme de Comte (la maladie objectivable) et de Claude Bernard (la maladie produit d’un excès ou d’un défaut d’un paramètre, comme le sucre dans le diabète). C’est toujours un sujet qui est malade, qui souffre, à sa façon, parce que c’est lui qui a la main sur ce qui est normal, qui apprécie, voire définit les normes de son existence. Un pas de plus : la maladie est une réduction de ce pouvoir d’agir (ou recomposition ?). C’est le livre / la thèse de 1943.
  • Un élargissement de la réflexion par la prise en compte du social, et donc un élargissement du concept de norme à celui des règles interhumaines. Ce qui est à la mesure de l’individu est alors l’appropriation d’une norme préexistante, définie antérieurement. Ce sont les « Nouvelles réflexions » de 1966.

Page 12. Canguilhem revendique la primauté de la réflexion ouverte, en cours, et l’élaboration conceptuelle (et donc en particulier autour de « norme », vie », « connaissance ») plutôt que la prétention à produire un système stabilisé. C’est un « désœuvrement » (Le Blanc) plutôt qu’une œuvre, et de la part d’un praticien à la recherche de concepts utiles, opératoires.

Page 15. « La pensée n’est pas un non-pensé virtuel attendant son heure. L’impensé vaut d’abord comme objet radicalement extérieur à la pensée. » Canguilhem : « La philosophie est une réflexion pour qui toutes matières étrangères est bonne, et nous dirions volontiers toute bonne matière est étrangère. » Curieuse préoccupation que de se définir comme philosophe, de chercher à définir ce qui relèverait d’un champ ou d’un autre. Mais au risque de confusion entre ce qui relève de la réalité et du réel (ce qu’on peut en dire). Pas de révélations de philosophe ? Toujours de la créativité, ne serait-ce que par leur réemploi des mots, sous un nouveau jour (et jamais le même soleil) ?

Considérer comme des problèmes ce qui ne l’est pas, ou plus, pour l’opinion commune ou la science.

Plutôt que « philosophie », « philologie » ? Élaborer sur les mots, leur définition en extension, leur emploi métaphorique, etc.

Ce qui m’intéresse chez lui : comment un praticien devient philosophe, ce qu’il fait de son élaboration sociologique. Et je crains qu’il ait trop peu fait retour sur sa pratique, qu’il se soit davantage alimenté du discours scientifique (en particulier biologique, information génétique à son époque) plus que sur la pratique personnelle.

Page 19.

  • Norme : postérieure au réel, effort langagier pour y mettre de l’ordre
  • Loi : au sens juridique (définit simultanément le légal et illégal) ; au sens physique

La philosophie postérieure à la vie : l’être humain se met à parler de Dieu, pas l’inverse. L’historicisation dissout la question de la croyance : Dieu et diable sont contemporains du discours qui les invente, qui s’y réfère, et non qui les découvre.

Page 80. Trois registres d’argumentation contre « la nature humaine » : épistémologique (ce que je sais/dis de ma nature la modifie) ; biologique (la vie est création permanente) ; sociologique (le contexte social agit sur moi, me détermine).

Page 81 : distinction entre norme vitale (de l’intérieur de l’organisme) et norme sociale (extérieure aux individus).

Page 82. Trois moments dans la genèse sociale de la normalisation :

  • Intention normative qui vise des valeurs
  • Décision normatrice instituant des règles, règlements, étalons, modèles.
  • Usage normalisateur autorisant la référence de l’objet à la norme instituée.

Page 91 : « Il n’y a de sujet que parce qu’il y a, simultanément, assujettissement à des normes sédimentées et subjectivation de ces mêmes normes. »

Page 93. « Les normes organiques postulent une homogénéité vicariante du corps tandis que les normes sociales, hétérogènes les unes aux autres font du corps social un lieu soumis à l’hétérorégulation, aux conflits. »

Recension Olivier Perru (document imprimé)

Il met le doigt sur une question de fond : comment Canguilhem (et alors Le Blanc) passe de l’individualité biologique (la maladie comme un phénomène physiologique) à la subjectivité (la maladie comme phénomène psychique, la douleur ressentie, la capacité à normaliser) ? L’obsession de la mesure d’un Claude Bernard est aussi une préoccupation réaliste : fonder un diagnostic sur des considérations matérielles, objectives. Une maladie (la douleur) est un objet d’étude extraordinaire pour travailler justement la question corps esprit.

À creuser en ce sens : ce que fait le langage, qui permet d’en parler. Tout est dans le mot « ressenti » : ce que je ressens n’est pas la réalité physiologique, seulement ce que j’en dis. Et même en décrivant, chiffres à l’appui, l’état de santé du malade, on en parle, on ne fait qu’en parler, et on n’en dit toujours à la fois plus et moins.

Voyage à Tombouctou

René Caillié, 1830. La Découverte, 1996.

Biographie impressionnante : un jeune d’extraction modeste, originaire des Deux-Sèvres, rapidement orphelin, qui apprend à lire et écrire à l’école, mais guère davantage. Il s’enflamme pour les récits de voyages, les livres de géographie, Robinson, et décide de partir, en 1816, à 17 ans : destination le Sénégal. Pour autant, il maitrise remarquablement la langue, et capable d’écrire un journal très bien rédigé, précis, très évocateur.

Un peu décevant sur le fond : le propos m’a paru accaparé par les conditions de son voyage, les péripéties de ces efforts pour se joindre à des colonnes de marchands et de soldats, d’expéditions autant militaires que commerciales, à l anarration des épreuves en tout genre, l’environnement géographique (la chaleur, les insectes, le manque d’eau, etc.) et politique (des sociétés très loin d’être passives et soumises, qui en font voir de toutes les couleurs aux impétrants européens). Sa résistance physique est très impressionnante, malgré la modestie de l’équipement matériel, les contraintes pour se procurer les éléments de base de la survie, la barrière des langues.

https://www.editionsladecouverte.fr/voyage_a_tombouctou-9782707153586

https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx1982x016x004/HSMx1982x016x004x0273.pdf