Les en-dehors. Anarchistes individualistes et illégalistes à la Belle Époque

Anne Steiner. L’échappée, 2020.

Trois mots-clés :

anarchistes, parce qu’à la recherche d’une subversion du mode de vie étatique, sinon de l’État lui-même : comment s’y dérober, s’y opposer ?

Individualistes : terme curieux pour des personnes décrites comme aspirant à des vies communautaires, passant beaucoup de temps en réunion et polémiques, en conférences et manifestations, en publications en tout genre. Individualistes dans le sens où ils sont soucieux de mettre en pratique pour eux-mêmes leurs convictions, de mener des existences en cohérence avec leur conception du monde : de la sobriété au végétarisme, en passant par l’amour libre.

Illégalistes : pas tant illégaux que contre la loi, par principe, contre la propriété, et alors faux-monnayeurs, voleurs pour certains. Mais les polémiques sont vives, et la dérive de la bande à Bono une démarche extrême.

Tous se construisent en opposition : à une famille nocive, étouffante, à la Vallès ; à une école ne tenant pas ses promesses ou son potentiel émancipateur ; à un milieu de travail anthropophage ; à la misère humaine du milieu ouvrier (alcoolisme, servitude volontaire). Mais de façon largement positive : avec un appétit de connaissances, de culture, une envie de vivre autrement, une énergie formidable, fondamentalement optimiste (dans une époque pas si « belle », très dure aux insoumis, aux manifestants, aux jeunes envoyés dans les « bat’ d’Af’ ».

Où sont les rebelles d’aujourd’hui ? Pour quelle rébellion ? Où sont les anarchistes ?

https://www.lechappee.org/collections/dans-le-feu-de-l-action/les-en-dehors

L’exploration du monde – Une autre histoire des Grandes Découvertes

Sous la direction de Romain Bertrand. Seuil, 2019.

645. Xuanzang sur les traces de Bouddha

Un moine bouddhiste chinois effectuant un périple incroyable jusqu’en Asie centrale et en Inde, controverse avec des confrères érudits de son acabit partout où il passe.

921 – 922. Ibn Faldan chez les Bulgares de la Volga

Un représentant du calife de Bagdad chez les sauvages (« barbares ») Bulgares, qui veulent bien discuter religion, mais qui sont très déçus que l’argent promis ne soit pas au rendez-vous.

960 – 962. Le tour d’Europe du marchand juif catalan Ibrahim ibn Yaqub

Étonnant de parvenir à circuler ainsi d’un territoire à l’autre, tout en se faisant toujours reconnaitre, jusqu’à avoir accès à l’empereur.

1154. Al-Idrisi remet sa géographie au roi de Sicile

Le roi normand, Roger, est un descendant des Vikings, mais nous avons sans doute davantage conscience de cette ascendance que lui-même.

Comment gouverner un royaume musulman, au grec aux musulmans, quand on est roi normand ? Beaucoup à dire aussi sur la notion de « carte géographique » : pourquoi, comment représenter les pays, le territoire ? Pourquoi seulement des informations « géographiques » ? Pourquoi avec une échelle métrique ?

1173. L’interminable voyage de Benjamin, rabbin de Tudèle

Tellement long et complet qu’il en est improbable pour nous, mais manifestement crédible pour l’époque : c’est donc que le monde est accessible au voyageur.

1262. Des mamelouks dans la Horde D’Or

D’un bout à l’autre des terres de l’Islam.

1287. Philippe le Bel accueille le moine ouïgour Rabban Bar Sauna

1291. Que sont les frères Vivaldi devenus ?

Ils ont franchi, sans retour, les colonnes d’Hercule.

1324. Le sultan du Mali Musa visite les pyramides.

1415. Les Portugais conquièrent Ceuta.

Qu’il est difficile de résister aux lectures téléologiques des évènements.

https://www.inshs.cnrs.fr/fr/lexploration-du-monde-une-autre-histoire-des-grandes-decouvertes

https://www.inshs.cnrs.fr/fr/lexploration-du-monde-une-autre-histoire-des-grandes-decouvertes

Parler comme un livre. L’oralité et le savoir ( XVIe – XXe siècle)

Françoise Waquet. Albin Michel, 2003.

De l’écart entre l’oral et l’écrit, certes. Mais aussi entre la parole énoncée, sous quelque forme que ce soit, et l’« impression » (Michelet) qu’il en reste pour le destinataire, auditeurs ou lecteurs. Ce que l’un a écrit ou dit, ce que l’autre en comprend.

De l’art de la transcription : susciter une impression adéquate chez le destinataire, auditeur pour celui qui assiste à l’entretien, lecteur pour celui qui découvre par le récit.

https://www.cairn.info/revue-d-histoire-moderne-et-contemporaine-2008-2-page-194.htm