Sylvain Auroux, PUF Que sais-je ?, 2013
Catégorie : Philosophie
D’où vient le langage humain ?
Jean Adolphe Rondal, Presses Universitaires de Liège, 2016.
https://presses.uliege.be/produit/dou-vient-le-langage-humain/
https://www.reflexions.uliege.be/cms/c_432545/fr/le-langage-humain-fruit-de-l-evolution
https://www.scienceshumaines.com/mais-d-ou-vient-le-langage-humain_fr_38697.html
L’ordre et les jeux
Dominique Lecourt, Grasset, 1981.
https://www.grasset.fr/livre/lordre-et-les-jeux-9782246213215
Le travail en trompe-l’œil
Sidi Mohammed Barkat, Rojos, 2015.
https://www.souffrance-et-travail.com/magazine/livres/le-travail-en-trompe-loeil
http://www.pelt.fr/videos/le-travail-en-trompe-l-il-sidi-mohammed-barkat.html
Qu’est-ce que le travail ?
Alexis Cukier, Vrin, 2018.
https://www.vrin.fr/livre/9782711628209/quest-ce-que-le-travail
Le gout du travail
Textes choisis et présentés par Laurent Tertrais, Mercure de France, 2021.
Dommage qu’il n’ait pas assumé une entrée vraiment littéraire. Le florilège est trop disparate.
https://www.mercuredefrance.fr/le-gout-du-travail/9782715256200
Totalité et infini – Essai sur l’extériorité
Emmanuel Levinas, 1961. Le Livre de Poche, 1991.
Qu’est-ce que la pensée ?
Pierre Steiner, Vrin, 2017.
Oser penser (dire ?) que la question est d’emblée tordue ? Qu’il faudrait peut-être se demander d’abord ce que signifie la copule « être » ? Elle embarque sur des tentatives de définition nécessairement hasardeuse, au mieux tautologique : je pense, donc je pense. Le philosophe fait son métier : il ajoute un opus à une collection au projet éditorial simple, discuter d’un concept qui serait susceptible de définition, vous avez 100 pages. Alors, il les remplit. Un jeu de langage en soi. Pourquoi, alors qu’il n’est clairement pas classique, caustique même à l’égard de la tradition, n’opte-t-il pas pour une forme plus iconoclaste ? Il tente quelques affirmations de la vie ordinaire, manifestant des usages du mot « penser » qui donnent à méditer, mais pour enchainer sur de longues considérations systématiques, discours d’initiés plutôt que de vulgarisation. De la difficulté à transmettre à celles et ceux qui n’en sont pas encore au fait.
Une curiosité : son inclination à aller chercher chez Wittgenstein certes quelques aphorismes, mais aussi des exemples concrets du langage d’utilisation du langage significatif de son approche (à commencer par le canard lapin de la couverture).
Faut-il insister avec cet auteur ? Ce type de lecture ? Je sais que ça existe, que je peux y revenir le cas échéant, si besoin, le jour.
S’applique-t-il à lui-même ce qu’il dit de la connaissance, du langage, de la « conception adverbiale » de sa propre pensée ? Se pose-t-il des questions didactiques d’accès à ce qu’il a à dire à celles et ceux qu’il souhaite convaincre, éduquer, débattre ?
https://www.vrin.fr/livre/9782711627035/quest-ce-que-la-pensee
Wittgenstein. Philosophie, logique, thérapeuthique
Grahame Lock, PUF, 1992
https://www.puf.com/wittgenstein-philosophie-logique-therapeutique
https://www.cairn.info/wittgenstein-philosophie-logique-therapeutique–9782130443087.htm
L’idée fondamentale du Tractatus
Ce premier livre est bien une fin : tout l’effort consiste à solder l’héritage de Frege et de Russell, donc en poursuivant, même pour y mettre un terme, leur conversation à propos de la logique, leur tentative de la fonder de façon définitive. Il faut bien commencer par discuter des thèses en cours, prendre la conversation de travail là où elle en est, même dans l’idée d’en dévier le cours. On élabore toujours à partir du patrimoine, y compris dans l’approche consistant à poser des définitions pour tenter d’imposer sa conception de ce qui est clair et de ce qui ne l’est pas.
L’argument essentiel du Tractatus selon Lock : « les constantes logiques ne sont des représentants de rien. » (4.0132) ce que j’essaie de reformuler : il n’y a pas de référent extérieur au langage pour des formulations logiques, rien dans l’ordre d’une réalité à mettre derrière des formulations comme « c’est évident » ou « c’est intuitif ». La logique est entièrement interne au langage (aux signes utilisés par les humains). Même chose pour les affirmations mathématiques, axiomes ou théorèmes.
Que faire (que fais-je ?) des questions et considérations de techniques philosophiques, dont je ne comprends pas grand-chose, sur le moment, et encore moins en essayant d’en parler ? Serait-il possible, mais alors pourquoi personne ne le fait, de résumer la démarche de Wittgenstein de façon succincte, ramassée, comme on est capable de synthétiser une démonstration mathématique ou une thèse scientifique ? Je m’y essaie : Wittgenstein s’en prend à toute substantivation de termes comme « je », la conscience, la sensation, à toute assimilation d’un mot à une chose. Cette formule en soi est significative : je ne peux qu’écrire « pomme », jamais croquer une pomme telle que je l’écris. Même « la preuve du pudding, c’est qu’on le mange » a un rapport distancié au réel : quel pudding ? Qui le mange ? Qu’est-ce que manger ? On ne peut pas sortir du langage par le langage. Je n’est jamais moi, le moi n’est jamais celui qui parle, et je peux continuer longtemps ainsi sans, par définition, sortir du langage.
Dans sa première période, Wittgenstein se confronte aux questions logiques plus que philosophiques : comment parler de façon sensée du monde, comment tenir un discours cohérent comme peut l’être un enchainement de propositions mathématiques consistant, irréfutable ?
Page 93. Bascule vers la deuxième période : Plutôt que « forme générale de propositions », tableaux, etc., raisonner par famille de structures. « Une proposition » ne désigne jamais tout à fait la même chose, est toujours circonstanciée.
Malgré son volume, sa souplesse et sa complexité, le langage humain n’est finalement qu’un tout petit nombre de mots, de règles de grammaire, pour embarquer tout un monde de choses et de phénomènes en constant changement. Même en notre ère de standardisation industrielle, aucune pomme n’est similaire à une autre, même pas à elle-même au cours du temps, même seulement le temps qu’on en parle.
Le langage de la perception
John L. Austin, Vrin, 1962/2007.
https://www.vrin.fr/livre/9782711617654/le-langage-de-la-perception
La pratique philosophique serait de toujours questionner l’emploi des mots : « que veux-tu dire par là ? » (Ou bien qu’est-ce que tu entends par là, qu’est-ce que tu dis en disant cela ?) Dieu, la liberté, le bien, le réel, directement, percevoir, je, moi, ipséité : mais encore ? Ça consiste en quoi ? « Ce que tu veux dire » : à la fois ce que tu veux signifier (de quoi tu parles) et ce que tu veux produire comme effet en le disant. Ramener au contexte, au particulier, pour ne pas être dupé par la fonction généralisatrice du langage catégorisante, ramenant ce qui est désigné dans l’instant au patrimoine de ce qui a existé, par l’intermédiaire des mots disponibles.
Une question un peu mystérieuse : à quoi bon s’échiner à décortiquer aussi précisément, minutieusement, une conception de la perception de la connaissance du monde que l’on réprouve (l’idée de sens data, défendu par un certain à Hyères) ? Idem pour Bouveresse : qu’est-ce qui me séduit, m’attire chez ces philosophes, leurs jeux de langage auquel je ne participe pas, leurs enjeux institutionnels qui ne sont pas les miens ? Qu’est-ce qui infuse parmi mes propres repères ? Qu’est ce que je cultive comme geste intellectuel ? Je ne suis pas capable d’écrire comme eux, même en faisant semblant. Ou peut-être faudrait-il essayer ? Non, tant il est long de maîtriser un certain usage du langage, de la parole, de l’écrit.
Il faudrait être capable de reprendre cette approche du langage dans le cas de Wittgenstein, au moins pour le Tractatus, pour ne pas s’en laisser compter. Faire le départ entre ce qui relève de la conversation savante en cours entre pairs (en l’occurrence les logiciens) et ce qui touche à un savoir universel, à ce qui est utile au quidam qui manie avec quelques ambitions quelques concepts, voire dans l’ordinaire d’une conversation sur le divin, la science, les croyances, le monde comme il va.
Les philosophes qui jargonnent, qui prétendent cultiver leur propre jardin conceptuel, vont à rebours des usages sociaux et donc éprouvés, sédimentées, patrimonialisés du langage. Bien sûr que chacun, toujours, se réapproprie chaque terme, le singularise, mais ne peut bien longtemps n’en faire qu’à sa tête est toujours plus ou moins soumis à l’usage collectif, doit bien à un moment ou à un autre revenir au sens et pratiques communes.