Le temps des laboureurs – Travail, ordre social et croissance en Europe (XIe-XIVe siècle)

Mathieu Arnoux, Albin Michel, 2012.

Il y aurait une histoire sociale à écrire du travail qui ne soit pas seulement production de « ressources » à partager entre classes dominantes, qui ne se réduise pas à son produit, et même au surproduit indispensable à la superstructure des civilisations ; qui ne réduisent pas les serfs, les esclaves, les artisans à des exploités, agents certes de la production, mais telles des machines (fantasme aristotélicien), c’est-à-dire sans paroles, sans autonomie, sans marge de manœuvre propre par leur travail (qui ne surgissent alors dans l’histoire que par la révolte).

Biais considérable des sources (scripturales, et alors exclusivement le fait des dominants, ou archéologiques, mais alors sans accès à la parole de ceux qui vivaient la).

Travers terrible de la conclusion du Manifeste : « les prolétaires n’ont que leurs chaines à perdre. » Mais comment peut-on travailler enchainés ? Idem pour l’Internationale : « nous ne sommes rien, soyons tout. » Seulement des slogans, certes, mais tout de même…

https://www.albin-michel.fr/le-temps-des-laboureurs-9782226209092

https://journals.openedition.org/crmh/pdf/13043

https://www.lemonde.fr/livres/article/2012/10/18/comment-le-paysan-devint-un-heros_1777069_3260.html

Qu’est-ce que la pensée ?

Pierre Steiner, Vrin, 2017.

Oser penser (dire ?) que la question est d’emblée tordue ? Qu’il faudrait peut-être se demander d’abord ce que signifie la copule « être » ? Elle embarque sur des tentatives de définition nécessairement hasardeuse, au mieux tautologique : je pense, donc je pense. Le philosophe fait son métier : il ajoute un opus à une collection au projet éditorial simple, discuter d’un concept qui serait susceptible de définition, vous avez 100 pages. Alors, il les remplit. Un jeu de langage en soi. Pourquoi, alors qu’il n’est clairement pas classique, caustique même à l’égard de la tradition, n’opte-t-il pas pour une forme plus iconoclaste ? Il tente quelques affirmations de la vie ordinaire, manifestant des usages du mot « penser » qui donnent à méditer, mais pour enchainer sur de longues considérations systématiques, discours d’initiés plutôt que de vulgarisation. De la difficulté à transmettre à celles et ceux qui n’en sont pas encore au fait.

Une curiosité : son inclination à aller chercher chez Wittgenstein certes quelques aphorismes, mais aussi des exemples concrets du langage d’utilisation du langage significatif de son approche (à commencer par le canard lapin de la couverture).

Faut-il insister avec cet auteur ? Ce type de lecture ? Je sais que ça existe, que je peux y revenir le cas échéant, si besoin, le jour.

S’applique-t-il à lui-même ce qu’il dit de la connaissance, du langage, de la « conception adverbiale » de sa propre pensée ? Se pose-t-il des questions didactiques d’accès à ce qu’il a à dire à celles et ceux qu’il souhaite convaincre, éduquer, débattre ?

https://www.vrin.fr/livre/9782711627035/quest-ce-que-la-pensee

Voisins de passage – Une microhistoire des migrations

Fabrice Langognet, La Découverte, 2023.

https://www.editionsladecouverte.fr/voisins_de_passage-9782348077463

https://www.cairn.info/voisins-de-passage–9782348077463.htm?contenu=presentation

https://journals.openedition.org/hommesmigrations/16404

https://www.lemonde.fr/livres/article/2023/09/28/voisins-de-passage-de-fabrice-langrognet-tous-les-migrants-de-l-avenue-de-paris_6191486_3260.html