Le cartographe des absences

Mia Couto, Éditions Métailié, 2022.

Peut-être trop difficile pour moi ? Trop sombre, sur des histoires de massacre, de répression, d’oppression policière ? Ou au moins à lire attentivement, pas comme un livre de chevet. À reprendre ?

Le Cartographe des absences

https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/12/04/le-reve-mozambicain-de-mia-couto_6152904_3260.html

Croire. Sur les pouvoirs de la littérature

Justine Augier, Actes Sud, 2023.

Soit très général, soit très personnel, et toujours prétentieux (généreux partage de son carnet de citations : regardez comme je lis beaucoup !)

https://www.actes-sud.fr/croire

https://www.lemonde.fr/livres/article/2023/01/05/croire-de-justine-augier-le-feuilleton-litteraire-de-tiphaine-samoyault_6156731_3260.html

Histoire de l’habitat idéal – De l’Orient vers l’Occident

Augustin Berque, Éditions du Félin, 2010.

https://editionsdufelin.com/livre/histoire-de-lhabitat-ideal

Page 65. « L’ermite, ressortissant volontaire de l’érème, n’est telle que parce qu’il y a la ville pour donner du sens à son ascèse. Faute de quoi l’histoire, qui est mondaine et urbaine, n’en aurait rien retenu. Ce que pratique l’ermite, c’est une inversion de l’urbanité, non pas une érémité dans l’absolu. Et s’il le fait, c’est dans un geste qui, d’abord, l’abstrait de l’urbanité du monde, qu’il méprise et aux convenances duquel il préfère sa convenance personnelle. »

Page 77. L’érémitisme (la marginalité, la sédition en général ?) est une inversion du monde, pas son abolition.

Page 72. Principe de Xie Lingyun : voir le paysage, mais pas le travail qu’il a produit, et se penser donc seul devant la nature.

Page 92. Principe de la grotte de Pan (du nom de la grotte consacrée au dieu, plutôt qu’un temple, sur l’acropole d’Athènes) : « subtilisation par la ville de quelque chose qui, au départ, lui était extérieur (relevant du monde paysan) et qu’elle s’approprie pour le réinterpréter en quelque chose qui est son inverse propre (la nature), mais qu’elle diffusera ensuite à partir d’elle-même et pour elle-même. » (donc hors de portée des paysans)

Page 123. « L’observateur du paysage le contemple socialement et symboliquement du haut d’une muraille qui à la fois le protège et l’abstrait d’un rapport utilitaire à l’environnement. En même temps, néanmoins, l’auteur de ce regard est individuellement et physiquement engagé dans l’environnement. […] Il ne s’agit pas d’une contemplation à distance par document interposé. »

Page 184. « Comment peut-on enclore l’incommensurable dans un lieu quelconque ? Par chorésie, c’est-à-dire transformation, à la fois par la technique et le symbole, de l’étendue en espace. » (À l’exemple du jardin zen, lieu de la nature érémitique).

Il est d’une créativité lexicale conceptuelle indéniable, et d’une certaine efficacité pour décrire les fondements de nos sociétés, leurs trajectoires. Deux limites : le binarisme, même pas dialectique (en route vers la destruction) ; la logomachie, ou le monologue, il faut rentrer dans son vocabulaire propre pour suivre son raisonnement. S’adresser à autrui, c’est tout de même accepté d’utiliser essentiellement les mêmes mots que lui, en se les appropriant certes, mais en partageant ensuite ce qu’on en interprète.

Une très belle piste, et un enjeu vertigineux pour Dire Le Travail : la forclusion du travail médial.

DRH – La machine à broyer

Didier Bille, Le Cherche-Midi, 2018.

Il serait intéressant de distinguer deux types de récits de travail : ceux qu’on tient dans le feu de l’action, ou presque, lorsqu’on raconte sa journée d’hier, ses préoccupations du moment, ses engagements dans une activité qu’on porte de jour en jour ; et puis les récits rétrospectifs, parce qu’on a terminé sa carrière, en tout cas tourné la page d’une « transition professionnelle », comme on dit. Ce livre relève de la deuxième catégorie : c’est un texte d’un repenti, qui prend la parole pour exposer dans le détail les pratiques peu reluisantes qu’il a assumées en tant que responsable de services ressources humaines. Il revisite une douzaine d’années d’expérience dans de grandes entreprises, en choisissant d’abord la partie la plus sinistre de son activité : mettre des personnes à la porte.

Nous avons là indéniablement, mis à part quelques considérations liminaires sur le management, un brin expéditives, un récit de travail. Comme dans un vrai récit, le narrateur raconte bien ce qu’il veut. Et personne n’osera dire qu’un récit de travail est forcément véridique. S’il est authentique, sincère, c’est déjà beaucoup. En l’occurrence, la description très concrète du déroulement d’un licenciement est convaincante. Il y a la prescription, c’est-à-dire à la fois les consignes de la direction (parfois des contraintes entrepreneuriales de réorganisation de l’activité, mais le plus souvent de strictes considérations de rentabilité, des évacuations d’enquiquineurs, des saignées de principe façon médecine du XVIIe siècle) et la règlementation du Code du travail ; il y a surtout les gestes du professionnel, de celui qui sait y faire parce qu’il a de la pratique, parce qu’il échange des tuyaux avec ses collègues, parce qu’il en a vu d’autres. On réalise en le lisant qu’un licenciement qui est vécu, en général, comme un drame par le licencié, ne serait-ce que par son caractère exceptionnel, relève de la routine pour le licencieur, du moins lorsqu’il travaille dans un grand groupe. Convaincante également ce que Didier Bille argumente quant aux motivations qu’il met en avant pour justifier à l’époque ce qui lui parait bien plus critiquable à présent : quitte à licencier, autant le faire proprement, c’est-à-dire sans grabuge, en douceur plutôt qu’en force ; convaincre le licencié qu’il n’y est pour rien, que lui comme son interlocuteur ne sont que de modestes rouages dans de grandes machines impersonnelles ; étouffer dans l’œuf toute velléité de contestation, en jouant l’éléphant contre le moustique. Vu de loin, c’est d’un cynisme pour le moins dérangeant. Vu de près, au ras de l’activité, c’est, comme disent les soldats, autres spécialistes du travail violent, «à la guerre comme à la guerre».

Une deuxième partie du livre est consacrée aux relations entre le responsable ressources humaine et sa hiérarchie. Là, on vire plus clairement au règlement de compte, et on comprend que c’est d’ailleurs davantage parce qu’il n’a pas voulu assumer différentes forfaitures (accorder à toute force des rémunérations dispendieuses, bâillonner des représentants syndicaux, etc.) qu’il a fini par claquer la porte de ce monde (ou qu’on les a claqués au nez, puisqu’il a été licencié à son tour). Il dresse un portrait haut en couleur de différents personnages de ce monde du « top management », où les jeux d’influence et les ambitions carriéristes prennent de très loin le pas sur les considérations opérationnelles. À ce stade, on en vient quand même se demander comment de grandes entreprises peuvent fonctionner avec de pareils margoulins aux commandes. Mais fonctionnent-elle si bien ?

Sans doute que si la coopérative avait rencontré Didier Bille il y a une dizaine d’années, il ne nous aurait pas raconté le même travail. Mais peut-être aussi que si on lui avait fait raconter plutôt, si on le faisait raconter à présent à ses pairs encore en poste, sa prise de conscience de dimension perverse de son activité eut été accélérée. Managers, dites-nous votre travail, pour moins le maltraiter !

https://www.lemonde.fr/emploi/article/2018/03/15/la-noirceur-des-ressources-humaines_5271066_1698637.html

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/didier-bille-le-sniper-des-rh-2918023

Alice au pays des merveilles

Lewis Carroll, 1865. La Pléiade, 1990.

Remarquable tourbillon de jeux de mots, non pas enfantins, mais de la femme (l’être humain) en devenir, qui ne sait plus si elle veut grandir ou rapetisser, ce qu’elle sait ou ne sait pas vraiment, ou pas encore, si elle doit se comporter comme les adultes ou si ce sont les adultes qui jouent à faire semblant. Et jouer, c’est d’abord comprendre à demi-mot, ou au pied de la lettre, ou à côté, ou de travers. Ce n’est pas absurde : ce sont les chaussetrappes du langage quand on regarde où on parle.

« À quoi ressemble la flamme d’une bougie après qu’on l’a soufflée ? »

Le travail n’est pas une marchandise – Contenu et sens du travail au XXIe siècle

Alain Supiot, Éditions du Collège de France, 2019.

L’approche juridique me donne toujours impression de traiter les questions de façon très générale, abstraite, dépersonnalisée. Peut-être ça : un sujet en droit est aux antipodes du sujet de la psychologie, agité par son inconscient. Le droit règle des relations entre fictions juridiques comme le nombre émerge, par le langage, d’une analyse de la confusion du réel. Pour y revenir bien sûr, et le droit comme les mathématiques sont des outils remarquables pour façonner le monde. Mais avec, entretemps, le fantasme toujours possible de constituer un univers à part, exploré par des spécialistes de l’abstraction, à peine humains.
En l’occurrence, les outils juridiques affutés par Alain Supiot lui permettent de décortiquer de façon très convaincante les évolutions du capitalisme, de la période de promotion d’un État social au néolibéralisme en cours, de promouvoir sur ces bases « un régime de travail réellement humain, qui fasse place au sens le contenu du travail ». Certes, mais où sont les acteurs ? Qui a rédigé la déclaration de Philadelphie, à laquelle il se réfère fréquemment ? Au-delà de « repenser une architecture juridique », quels seront les tâcherons du bâtiment en question ? Par quelles activités concrètes de juristes, au sens large, de travailleurs du droit, des conceptions juridiques infusent-elles le fonctionnement d’une société ? Un beau chantier : faire parler les travailleurs du droit.

Je trouve qu’il se dérobe à une question majeure : qui produit le droit ? Qu’y aurait-il à comprendre en s’intéressant à la fabrique du droit, au travail effectif des prescripteurs et rédacteurs du droit ?

https://journals.openedition.org/nrt/8062

https://www.college-de-france.fr/fr/editions/le-travail-est-pas-une-marchandise-9782722605138

Les hommes lents – Résister à la modernité XVe – XXe siècle

Laurent Vidal, Flammarion, 2020.

Une approche par la socio-histoire, quand on pourrait imaginer une entrée plus psychologique, ou bien anthropologique sur le rapport aux rythmes de vie, aux rythmes sociaux, aux interactions dans le temps entre individus, entre individus et environnement matériel. Et puis, ce qui m’est cher, une approche par la clinique du travail. La lenteur ou la promptitude de l’action humaine se pose nécessairement de façon très différence pour celui qui est aux prises avec le rythme de croissance des plantes, le passage des jours et des saisons. La question de la vitesse est liée à l’artificialisation des techniques humaines, ne serait-ce que l’éclairage ou les techniques de mesure du temps. Je peux travailler à toute heure du jour et de la nuit, sans autre limitation de durée que le temps dont je dispose, que je choisis ou que je suis contraint d’y consacrer.

C’est tout particulièrement vrai pour les métiers du soin (du care), et l’auteur ne manque pas d’interroger le caractère genré de la question à la fin de son essai (belle question sémantique : quelle alternative au titre « les hommes lents » pour ne pas sembler en exclure les femmes ? « Les humains lents », « les personnes lentes » ?!?). Éduquer, guérir, accompagner dans la dépendance sont des activités qui ne rentent pas facilement dans les forceps du chronométrer. Savoir agir parfois dans l’urgence, ou bien compter sur les effets du temps qui passe sont des ressources majeures pour celles qui accompagnent autrui, de la maternité à l’hospice.

« Entre des cas aussi éloignés que Richard III, Don Quichotte ou les slow mens of London, une étrange similitude s’impose toutefois. Qu’ils soient hommes de pouvoir ou gens du peuple, tous sont des déplacés : l’un vit d’errance, d’autres ont fait l’expérience de la migration ; quant à Richard de Gloucester, c’est parce qu’il n’est pas à la place qu’il souhaite dans la ligne de succession du trône d’Angleterre qu’il entreprend ce combat. Tel est le message des œuvres de fiction : les hommes lents sont aussi des hommes déplacés, et au double sens (spatiale et sociale) du terme. » (pages 65/66)

https://editions.flammarion.com/les-hommes-lents/9782081427822

https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/04/02/laurent-vidal-henry-david-thoreau-la-chronique-poches-de-francois-angelier_6120281_3260.html

https://journals.openedition.org/nuevomundo/86387

https://journals.openedition.org/bresils/9549

Quand les plantes n’en font qu’à leur tête – Concevoir un monde sans production ni économie

Dusan Kasic, La Découverte, 2022.

https://www.editionsladecouverte.fr/quand_les_plantes_n_en_font_qu_a_leur_tete-9782359252125

https://www.revue-projet.com/comptes-rendus/2022-07-desquesne-quand-les-plantes-n-en-font-qu-a-leur-tete/11007

Il joue le jeu : lui-même raconte son travail de thésard, ses recherches, ses bifurcations, un rendez-vous décisif avec sa directrice de thèse, ses rencontres avec les paysans qu’il sollicite pour sa recherche.

Son attention au travail réel, subjectif lui permet aussi de comprendre des versants plus sombres de l’activité, par exemple les techniciens de l’INRA qui manipulent les tomates comme des « objets industriels ».

Bien des ambitions :

  • En épistémologie de l’anthropologie : à quoi bon, comment raconter des histoires ? Que faire de la parole des enquêtés, de ce qu’ils veulent bien dire à l’enquêteur ? Quelle interaction de travail avec eux (par exemple pour se démarquer de l’étiquette INRA, ou encore en mettant la main à la pâte, se rendre utile) ?
  • La singularité de chaque parole : relations avec les plantes, attribution de caractéristiques réservée aux humains voire aux animaux (d’où quelques pages sur le refus de tuer pour manger de la viande : arracher un fruit, déterrer une plante, l’ébouillanter, la réduire en purée, est-ce encore respecter le vivant ?). Intelligence, pourquoi pas, en tout cas sensibilité au son, à la lumière.
  • Propos politique sur l’hégémonie de la production (et alors du productivisme, de la réduction de toute activité à une prestation marchande).
  • Sur la forme : pas un essai, beaucoup d’histoires, impliquées, montrant aussi le travail du chercheur.
  • Confrontation entre discours savants d’économistes et vernaculaires : ce qu’on se dit à soi, entre pairs, et surtout pas au savant, parce qu’on n’y pense pas, parce qu’on sait son discours disqualifié, parce que c’est un discours surtout pratique, pragmatique, non pas tant orienté vers la science (le savoir) que vers le pratique (il faut que ça marche). « Comment prendre suffisamment au sérieux les discours qui m’étaient rapportés, c’est-à-dire comment faire littéralement émerger d’autres types de réalités du monde agricole, sans que ces propos soient disqualifiés par le discours naturaliste renvoyant du côté des représentations, des valeurs, des métaphores, des subjectivités, des croyances, de la symbolique ou encore de l’anthropomorphisme ? »

Ce qui manque : la relation de travail entre l’homme et la plante (et si l’un travail, pourquoi ne pas dire que l’autre aussi, tant la plante a bien ses marges de manœuvre, ses initiatives, n’en fait parfois « qu’à sa tête ») se tient dans un certain cadre technique, économique, social. Il faut bien faire aussi avec tout le reste. La question majeure n’est pas l’option théoricopolitique entre capitalisme, socialisme et décroissance, mais le travail et la vie commune dans un monde où on ne pourra plus réparer le GPS du tracteur faute de puces, où il n’y aura plus de vaccins ou de produits phytosanitaires adaptés, et même, ça viendra, plus d’essence dans la tronçonneuse. Comment faire alors ? Ce sont bien les paysans qui sont les plus avancés dans ce qui ne disparaitra jamais, la nécessaire coopération avec le vivant.

Les scènes passionnantes : la confrontation de deux mondes, dont des controverses qui tournent court.

Et quid du destinataire, appelé en « Économique » le consommateur du produit ? Comment dire la relation de « consommation » avec la même distance que celle de production ?

L’Agriculture comme écriture

Nina Ferrer-Gleize, GwinZegal, 2023.

https://gwinzegal.com/editions/l-agriculture-comme-ecriture

https://gwinzegal.com/expositions/l-agriculture-comme-ecriture-de-nina-ferrer-gleize

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/par-les-temps-qui-courent/nina-ferrer-gleize-avec-ce-livre-j-ai-voulu-multiplier-les-facons-de-dire-le-travail-agricole-2530753

https://www.lemonde.fr/culture/article/2023/06/04/au-centre-d-art-gwinzegal-de-guingamp-nina-ferrer-gleize-photographie-l-agriculture-au-plus-pres-de-la-terre_6176105_3246.html

D’emblée, un bel ouvrage, qui impressionne : quel travail de graphiste, d’imprimeur ! On imagine les heures de discussions pour étudier les choix de maquette, de typographie, de papier, de coloris. Comment équilibrer parti pris esthétique (évoquer la terre par des teintes brunes, des polices grasses, un texte ferré à droite comme une trace irrégulière en bord de page extérieure), standards éditoriaux (trop urbains ?) et confort de lecture ? C’est un défi pour un livre qui veut explorer et exposer des traces du travail agricole, dans toute leur diversité : les représentations relevant du champ artistique, pas si nombreuses dans le monde paysan qui n’a guère inspiré les artistes des villes ; mais aussi, plus original, ce qui rend visibles les activités agricoles dans l’environnement de la ferme, dans le paysage ; et encore, de façon plus abstraite, mais essentielle pour une activité fortement inscrite dans le temps qui passe, des marques temporelles (comment dire ? Des chronogrammes ?).

Tout comme l’emploi du temps d’un éleveur laitier est un agencement complexe de tâches de natures très différentes, le livre est un montage soigné des différents textes et éléments iconographiques. On peut y lire des articles relevant d’une approche savante, restitution du travail de recherche de l’auteure dans le cadre d’une thèse menée à l’école nationale supérieure de photographie d’Arles. Comment comprendre le succès considérable d’un tableau comme Les Glaneuses de Millet, largement reproduit dans les fermes françaises, à commencer par celle de l’oncle de l’auteure ? Quelle trajectoire entre campagne et littérature pour des auteurs paysans, ou paysans auteurs comme Émile Guillaumin, Pierre Rivière, voire George Sand ? Que nous disent les photographies de Félix Arnaudin, entre esthétisme et ethnologie ? On y trouvera le journal de terrain de l’étudiante thésarde, sollicitant la châtelaine du coin pour exhumer de ses archives un contrat de fermage difficilement signé par un paysan ancêtre de l’auteure, interrogeant son oncle sur son refus obstiné de signer un contrat léonin avec la multinationale agroalimentaire qui lui achète son lait. Et, en cahiers insérés, le récit des séjours estivaux à la ferme familiale, avec de nombreuses photographies : les archives familiales, mais aussi des empreintes de roues de tracteur, des plis des bâches, des tuyaux d’arrosage, des bouts de ficelle, des entailles sur les murs. Et puis, dès la couverture, tout au long du livre, des relevés de déplacement de l’éleveur au fil de ces journées, condensés graphiques de son travail, gribouillis fascinants.

Le renversement est stimulant, pour nous qui aspirons à « dire le travail » : là, c’est le travail qui dit, c’est donc l’agriculture qui écrit. C’est l’agriculture telle qu’elle s’imprime dans le paysage, et alors dans ce livre.