François-Xavier Devetter, Julie Valentin, Les petits matins, 2021.
https://www.cairn.info/revue-travail-et-emploi-2022-1-page-1b.htm
Lectures en tout genre
François-Xavier Devetter, Julie Valentin, Les petits matins, 2021.
https://www.cairn.info/revue-travail-et-emploi-2022-1-page-1b.htm
Lydie Salvayre, Seuil, 2024.
https://www.seuil.com/ouvrage/depuis-toujours-nous-aimons-les-dimanches-lydie-salvayre/9782021554557
Si j’en ai l’occasion, je demanderais volontiers à Lydie Salvayre quand elle a écrit ce livre : le dimanche, ou un autre jour de la semaine ? Je serai aussi curieux de l’entendre sur les efforts qu’il lui a demandés. À la lecture de ce texte pétaradant, j’ai ressenti une joie communicative à raconter les plaisirs langoureux du temps libre, des loisirs, à régler leur compte à tous les tristes sires hérauts du travail contraint, rentable, performant. Les mots coulaient-ils de source sous sa plume, ou bien a-t-il fallu aller les chercher par le col, mille fois remettre l’ouvrage sur le métier ? En tout cas, c’est un formidable travail d’écriture ! De belles pages sur « la paresse comme un art subtil, discret et bienfaisant », de vives critiques sur le travail contemporain à la sauce managériale, de fortes envolées politiques pour montrer tout le bien que la promotion de la paresse ferait à la Terre comme à l’humanité, de roboratifs exposés bien troussés de quelques penseurs qui l’ont précédée dans cette noble cause : Sénèque, Pascal, Charles Fourier, Paul Lafargue bien sûr, et puis Nietzsche ou Guy Debord à la rescousse ! C’est consistant, sérieux, mais aussi pétillant de quelques « blagounettes » proposées malicieusement aux promoteurs du dur labeur.
La lecture est portée par le choix narratif de recourir à un « nous » un peu mystérieux : on se demande bien qui est cette bande de bons copains (un peu à la Jules Romains), qui se pose comme narrateur, explique recourir à la plume de leur amie « Salvayre » pour pimenter leurs textes. On aimerait intégrer l’équipe ! Peut-être un embryon de parti politique ? Par contre, on voit bien qui sont les narrataires, explicitement désignés : les « apologistes-du-travail-des-autres ». Là, je m’interroge quant à la pertinence de développer longuement une argumentation, si pertinente soit-elle, à leur attention. N’est-ce pas quelque peu peine perdue que d’espérer les convaincre de quoi que ce soit ? Ne vaut-il pas mieux prôner une superbe ignorance à leur égard, et alors toutes les formes possibles de dérobade à leurs prêchiprêchas et leurs manigances ?
L’ouvrage échappe aux catégorisations : ce n’est pas un récit, pas un essai, encore moins une thèse, il n’est pas assez sérieux pour être un pamphlet, trop ambitieux pour n’être qu’un petit livre de métro. Il donne de quoi moudre si l’on veut élaborer davantage sur ce qu’on appelle travail, contrainte, loisir, divertissement. L’autrice décrit longuement, avec gourmandise, les mille-et-une façons de vivre (et pas seulement d’occuper) les dimanches, de jouir du temps libre, avec cet horizon : en faire des temps pour penser. Je le prends comme une belle invitation : comment investir les autres jours de la semaine, et alors le travail, avec un tel esprit de liberté, de partage ?
Patrice Bride
Alex Mucchielli, PUF Que-sais-je, 1991
Introspection : comment amener les personnes à développer les implicites, plus ou moins conscients ? « Vous voyez ? » Non, je ne vois pas, montrez-moi !
Page 25. Exemple Garfunkel : explorer le monde (faussement ?) partagé entre deux interlocuteurs, identifier toutes les connivences plus ou moins conscientes.
Page 26. Description phénoménologique : au plus près du ressenti, sans reconstruction conceptuelle réflexive.
Entretien non directif actif : avec une reformulation du fond.
Établir une grille d’observation : tout ce qu’il y a à découvrir d’une situation de travail ; comment le connaitre. cf. carte de visite de Guy Jobert ? Comment ne pas être trop en surplomb, être dans la coopération dès cette étape ? Racontez-nous comment vous documentez sur un nouveau terrain au début d’une intervention ?
Sophie Alami, Dominique Desjeux, Isabelle Garabuau-Moussaoui, PUF Que-sais-je, 2009.
Trois champs d’investigation :
Instance matérielle : place des objets, des espaces, du temps, de l’économie ; observation, description.
Instance des relations sociales : rapports de pouvoir et leurs mécanismes de régulation, relations d’autonomie et de contrôle ; rapport aux normes et aux transgressions ; observation et description.
Instance imaginaire : symbolique, représentations qui donnent sens aux pratiques quotidiennes. Techniques verbales productives ou associatives
Cal Newport, 2021. Éditions Trédaniel, 2023.
Titre original : A World Without Email.
Il appelle « intelligence collective hyperactive » un « flux de travail gravitant autour des conversations incessantes alimentées par des messages non structurés et écrits à la volée, diffusés par e-mail ou messagerie instantanée ».
Effets négatifs d’un travail dominé par la gestion des mails :
Séduction (illusoire) de l’e-mail : la communication asynchrone (réponds-moi quand tu peux) à grande vitesse.
Beaucoup de naïveté épistémologique : l’évolution façonne le cerveau humain ; une innovation technologique (l’e-mail, le like, l’étrier à l’époque de Charles Martel) bouleverse le monde du travail (provoque l’essor du féodalisme).
Page 107. « L’intégration de méthodes de synchronie est couteuse (réunion de travail, appel téléphonique, rendez-vous physique), mais tenter de tout organiser en en faisant l’économie est encore plus couteux. »
Décisions incontrôlées : l’outil e-mail s’impose de lui-même du fait de la pression à l’augmentation de la réactivité.
Pour augmenter la productivité du travail intellectuel :
Pas de grandes innovations dans ses recommandations : associer les personnes concernées à la discussion et à l’élaboration de l’organisation du travail ; utiliser des outils de gestion de projet (tableaux de bord, méthodes agiles).
https://www.editions-tredaniel.com/travailler-sans-mails-p-10764.html
Alain Supiot, Éditions du Collège de France, 2019.
L’approche juridique me donne toujours impression de traiter les questions de façon très générale, abstraite, dépersonnalisée. Peut-être ça : un sujet en droit est aux antipodes du sujet de la psychologie, agité par son inconscient. Le droit règle des relations entre fictions juridiques comme le nombre émerge, par le langage, d’une analyse de la confusion du réel. Pour y revenir bien sûr, et le droit comme les mathématiques sont des outils remarquables pour façonner le monde. Mais avec, entretemps, le fantasme toujours possible de constituer un univers à part, exploré par des spécialistes de l’abstraction, à peine humains.
En l’occurrence, les outils juridiques affutés par Alain Supiot lui permettent de décortiquer de façon très convaincante les évolutions du capitalisme, de la période de promotion d’un État social au néolibéralisme en cours, de promouvoir sur ces bases « un régime de travail réellement humain, qui fasse place au sens le contenu du travail ». Certes, mais où sont les acteurs ? Qui a rédigé la déclaration de Philadelphie, à laquelle il se réfère fréquemment ? Au-delà de « repenser une architecture juridique », quels seront les tâcherons du bâtiment en question ? Par quelles activités concrètes de juristes, au sens large, de travailleurs du droit, des conceptions juridiques infusent-elles le fonctionnement d’une société ? Un beau chantier : faire parler les travailleurs du droit.
Je trouve qu’il se dérobe à une question majeure : qui produit le droit ? Qu’y aurait-il à comprendre en s’intéressant à la fabrique du droit, au travail effectif des prescripteurs et rédacteurs du droit ?
https://journals.openedition.org/nrt/8062
https://www.college-de-france.fr/fr/editions/le-travail-est-pas-une-marchandise-9782722605138
Lily Zalzett, Stella Fihn. Niet!Éditions, 2020.
Si on suit le fil de l’ouvrage : ce n’est pas le fonctionnement associatif en soi, encore moins le principe, qui est en cause que ce que sont devenues certaines associations en acceptant de devenir délégataires de mission de service public, sous-traitantes de l’État, prestataires de l’administration. Très encadrées par les contraintes gestionnaires (fonctionnement par projet, et plus seulement par subventionnement, avec toute la machinerie bureaucratique de procédures de demande et de rendre compte), et se retrouvent alors à dupliquer le management qui va avec : hypertrophie des fonctions gestionnaires, mépris du travail réel, etc.
Une piste intéressante en fin d’ouvrage : en alternative à la lutte des classes interne, dans une guerre incessante et un peu suicidaire aux directions associatives, faire alliance avec les destinataires de l’activité, avec les usagers, eux aussi victimes bien malgré eux de ces évolutions.
Te plains pas, c’est pas l’usine
https://www.revue-ouvrage.org/te-plains-pas/
https://niet-editions.fr/wp-content/uploads/2020/02/TravailassoCQFD.pdf
https://www.revuepolitique.be/te-plains-pas-cest-pas-lusine/
Caroline IBOS, Aurélie DAMAMME, Pascale MOLINIER, Patricia PAPERMAN
Le Cavalier Bleu, 2022
http://www.lecavalierbleu.com/livre/vers-societe-care/
Photocopies
L’approche « idées reçues » est parfois un peu articificielle, incite à l’éparpillement du propos ou du moins à une vision kaléidoscope plutôt que panoramique. Mais ça fonctionne plutôt bien, en particulier parce que c’est bien écrit, attentif aux lecteurs.
Deux interrogations :
Sur le fond : comment en faire un levier pour éroder le pouvoir des États, des administrations en tout genre ?