Et si les Beatles n’étaient pas nés ?

Pierre Bayard. Éditions de Minuit, 2022.

Ce qui fonctionne assez bien dans le cas d’une substitution circonscrite [les Kinks plutôt que les Beatles, Camille Claudel plutôt que Rodin] est beaucoup plus douteux pour des penseurs d’influence [Proudhon plutôt que Marx, Pierre jamais plutôt que Freud]. C’est une chose que de refuser le déterminisme du talent hors norme, du génie créateur qui ne peut que s’imposer à tous, même méconnu de son époque, ou bien de décrypter les mécanismes sociaux de promotion d’un auteur, et donc de garder à l’esprit que ça aurait pu ne pas se produire, se produire autrement. C’est autre chose que d’imaginer à postériori, pétri de ses représentations contemporaines, d’autres configurations sociales. Là plus que jamais, la réponse fait le malheur de la question.

PREMIÈRE PARTIE : ÉCLIPSES

Chapitre premier : Un monde sans les Beatles

Chapitre II : Un monde sans Rodin

Chapitre III : Un monde sans Shakespeare

DEUXIÈME PARTIE : INFLUENCES

Chapitre premier : Un monde sans Marx

Chapitre II : Un monde sans Freud

Chapitre III : Un monde sans Mead

TROISIÈME PARTIE : INFLUENCES RÉTROSPECTIVES

Chapitre premier : Un monde sans Kafka

Chapitre II : Un monde sans Proust

Chapitre III : Un monde sans Beauvoir

QUATRIÈME PARTIE : INTERVENTIONS

Chapitre premier : Un monde sans Pasternak

Chapitre II : Un monde sans Louise Labé

Chapitre III : Un monde sans cavaliers bleus

http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-Et_si_les_Beatles_n_%C3%A9taient_pas_n%C3%A9s__-3385-1-1-0-1.html

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-suite-dans-les-idees/et-si-l-histoire-de-l-art-devenait-contrefactuelle-5483955?fbclid=IwAR3IrprKqJ-Or_o8Zu4rppj1Ee7t6MaoDtD5eKPtoB1KTXsH9BjJgIMMKjE

https://www.en-attendant-nadeau.fr/2022/11/09/beatles-bayard/

Et si on écoutait les experts du travail, ceux qui le font

Alain Alphon-Layre. L’Harmattan, 2023.

Voilà bien un livre qui nous intéresse et nous parle, à la coopérative Dire Le Travail. Et nous avons d’ailleurs eu l’occasion de croiser la route d’Alain Alphon-Layre, quand, responsable CGT, il s’efforçait d’encourager la prise en compte du travail du vivant dans les préoccupations syndicales, au-delà des questions d’emploi. Comment dépasser la distinction historique qui s’est imposée à l’ère du taylorisme, laissant la main aux employeurs sur la définition du contenu de l’activité, les syndicalistes ne s’occupant que des conditions dans lesquelles elle est réalisée ? À l’extrême, tant pis si le travail à la mine, à la chaine, sur la plateforme d’appel est dégradant, pour celui qui le fait comme par son impact sur le monde, pourvu qu’il soit payé correctement, en ne prenant pas trop de temps, en ne risquant pas trop sa santé. Considérer que les travailleurs sont « experts de leur travail », sont légitimes à discuter de la tâche et de la procédure avec l’ingénieur des méthodes, le manager ne va pas toujours de soi dans le monde syndical, et Alain doit encore formuler cette idée sous forme de question pour le titre de son livre. Souhaitons que Sophie Binet, par exemple, réponde « oui, bien sûr, donnons-nous en les moyens, en ne parlant pas que semaine de 32 heures et retraite à 60 ans ! »

Écouter la parole des travailleurs sur leur activité est d’autant plus important en ces temps où « le management » envahit les ateliers, les bureaux, les services. Alain a donc tendu son micro à treize personnes, en les invitant à lui dire ce qu’elles souhaitent à partir de deux questions simples : comment travaillez-vous ? Comment aimeriez-vous travailler ? À la première question, chacun se lance d’abord dans des explications, plus ou moins longues, sur ce qu’on lui demande de faire, sur ce qu’il est censé faire, sur les conditions dans lesquelles il doit se débrouiller pour faire. Et ça ne manque pas d’intérêt d’être ainsi invité par le narrateur à découvrir un atelier de production de disjoncteurs, de soudure, un bloc opératoire, un commissariat, un tribunal, une salle de classe. Le lecteur a bien quelques images en tête, mais une visite accompagnée d’un guide très familier des lieux est bienvenue, éclairante. Et on peut s’inquiéter de ce qui est décrit dans les récits de l’organisation du travail tel qu’elle est imposée : manifestement, les managers, tout occupés à réduire les couts, à optimiser les process, à tendre les flux, ne garantissent pas les conditions d’un travail de qualité. Pour reprendre la conclusion de Caroline, monteuse manuelle en usine, « Les conditions de travail ont été améliorées, c’est indéniable, mais la reconnaissance, le savoir-faire et la qualité de la production ne sont pas ce qu’ils devraient être, c’est ça qu’il faut changer pour bien travailler et être mieux au boulot. »

Tout empêtrés dans ces prescriptions qui prolifèrent, ces travailleurs se font souvent porte-paroles de leur métier pour revendiquer un peu d’air, de marge de manœuvre propre, et, dans leur récit, tardent parfois à recourir au « je », à raconter, pour de bon, leur activité. Finalement, c’est tout de même l’essentiel : ce qui se passe entre le magistrat et les prévenus ou les victimes, entre l’enseignante ou l’aide-éducateur et ses élèves, les savoir-faire et tours de main du livreur à vélo, du soudeur, de l’agent de caisse ou d’entretien. Dans ses commentaires, Alain rappelle toute la place de la triche dans le travail contemporain, parce qu’il faut bien se débrouiller. Il y a encore beaucoup à écrire, certainement pour d’autres livres à venir !

https://www.metiseurope.eu/2023/06/30/alain-alphon-layre-et-si-on-ecoutait-les-experts-du-travail-ceux-qui-le-font/

La route des Flandres

Claude Simon, 1960. Éditions de Minuit, 1960.

Peut-être, le reprendre un jour, à tête reposée ? Lire par petits bouts, plutôt que d’une traite, pour digérer patiemment ? Étudier le style plutôt que de s’acharner à identifier les éléments narratifs ? Voir comment c’est écrit plutôt que ce que ça dit ? Au moins je peux dire qu’il s’agit bien là de se coltiner de la littérature !

http://www.leseditionsdeminuit.fr/livre-La_Route_des_Flandres-1854-1-1-0-1.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Route_des_Flandres

Requiem

Gyrðir Elíasson. La Peuplade, 2022.

Touchant parce tout ce qu’il laisse deviner au lecteur (ce que j’ai mis du temps du moins à lire) : le glissement dans la folie, quand l’obsession de noter (écrire, tenter de saisir en notes musicales les sons qui captent son attention) tourne à la manie pathologique, à la coupure du monde par l’enfermement dans un carnet. Le voisinage est peu encourageant, la chaleur humaine ambiante à la hauteur des températures de l’été islandais, et les relations professionnelles factices du publicitaire peu engageantes. Reste la musique.

https://lapeuplade.com/archives/livres/requiem

https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/02/10/jacques-aumont-laure-de-chantal-yann-diener-avrom-moshe-fuchs-maja-thrane-les-breves-critiques-du-monde-des-livres_6113192_3260.html

Le piéton de Paris

Léon-Paul Fargue. Gallimard, 1932, 1939.

Pas conquis : trop subjectif, et ce sont avec les lunettes pince-nez du poète, du lettré, du petit industriel à l’aise en société qu’il décrit sa ville, là où j’attendais, j’espérais une description plus journalistique, façon Joseph Kessel.

Relire « le Piéton de Paris »

https://www.lemonde.fr/livres/article/2020/11/22/l-esprit-de-paris-leon-paul-fargue-de-pied-en-capitale_6060698_3260.html

Le consentement

Valérie Springora. Grasset, 2020.

Le récit résiste autant au simplisme de la causalité unique, ou même principale, qu’à celui du système causal, avec pluralité de facteurs à analyser et structurer. C’est une vie, un corps, une existence abusée, abandonnée.

Débrouille-toi, fais ta vie, même à quatorze ans. Tant pis pour toi : tu savais, tu aurais dû savoir.

Il y a de la solidarité, mais vis-à-vis de l’agresseur, et c’est une solidarité passive, de l’ordre du laisser-faire, de l’incapacité à tenir un simple « non ».

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/01/10/avec-le-consentement-vanessa-springora-depeint-les-ressorts-de-l-emprise_6025374_3232.html

Lettre aux ingénieurs qui doutent

Olivier Lefebvre. L’échappée, 2023.

https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/lettre-aux-ingenieurs-qui-doutent

https://usbeketrica.com/fr/article/mon-livre-s-adresse-aux-ingenieurs-souffrant-de-dissonance-cognitive

https://www.lemonde.fr/campus/article/2023/06/19/je-ne-sais-pas-combien-sont-ces-ingenieurs-qui-doutent-mais-mon-experience-me-laisse-penser-qu-ils-sont-de-plus-en-plus-nombreux_6178318_4401467.html

L’auteur écrit en tant qu’ingénieur, à d’autres ingénieurs, dans le prolongement de nombreuses discussions qu’il a eues au cours de sa carrière. Il écrit en jeu, pour raconter son parcours, ses questionnements, les réponses qu’il a peu à peu élaborées, en s’appuyant aussi sur de nombreuses lectures (quelques noms pour donner une idée de la diversité : Harmut Rosa, François Jarrige, Léon Festinger, Guy Debord). En bon ingénieur, il raisonne, élabore, en accordant beaucoup de confiance à la force des arguments. Mais il sait, il a appris, la force des affects : s’il a fini par quitter son poste (dans la conception de véhicules à conduite autonome), s’il a franchi le pas qu’il invite à présent à faire à ses anciens collègues, il raconte en ouverture du livre la situation personnelle qui l’a décidé à changer de vie.

Les ingénieurs sont donc particulièrement interpelés, invités à interroger les fondamentaux de leur métier : concevoir des dispositifs techniques performants ; contribuer par leurs savoirs techniques à l’élaboration et le fonctionnement de projets industriels. Qu’en faire lorsque l’on se convainc que la surenchère technologique participe désormais davantage du problème, la pression excessive des activités humaines sur l’environnement, que de la solution ? L’auteur s’appuie beaucoup sur le concept de dissonance cognitive : on pense contribuer au progrès social, à l’amélioration des conditions de vie de l’espèce humaine ; on contribue en fait à entretenir une surenchère périlleuse source de catastrophes, présentes et à venir, et pas seulement climatiques. Un exemple précis, vécu : développer des systèmes de transport autonome pour charger et décharger les porte-conteneurs dans les grands ports asiatiques facilitent certes le travail des dockers (du moins ceux qui conservent leur emploi), mais contribue, par la baisse des couts de transport, à la prolifération des échanges de marchandises. Comment faire ?

Autre préoccupation forte : la « cage dorée » que représente le statut d’ingénieur. L’expression parlera à tous ceux qui se sentent otages de leurs contrats à durée indéterminée, du salaire mensuel. Même quand la cage est rouillée plutôt que dorée, il n’est pas facile de s’en extirper…

Il en vient donc, et c’est passionnant, à pointer la dimension politique du travail : qui décide ce qui est pertinent ou non, lorsque le travail accompli a un impact fort sur les conditions de vie de ses congénères ? Sa conclusion personnelle : au moins ne pas nuire (« Primum non nocere »). Ce qui peut rapidement être contradictoire avec une activité quelconque, qui comporte toujours une part de risque, toujours des effets délétères plus ou moins prévisibles. Il se réfère également à Herman Melville : « I would prefer no to… ». Mais peut-on ne rien faire ? Dans le cas de Bartleby, l’histoire se termine mal…

Ce livre mérite d’être lu, parce que nous avons affaire à des ingénieurs, mais également parce que bien des métiers, sinon tous, sont concernés, à un degré ou à un autre, par « une dimension politique », des dilemmes, à commencer par celui de faire ou de ne pas faire. Il ouvre le débat, inépuisable, de ce qui peut être fait « de l’intérieur », ou « de l’extérieur ». Sans botter en touche, on pourra au moins soutenir toute l’importance d’éviter la politique de l’autruche, de parler de ce qu’on fait, entre collègues, dans des espaces sociaux, pour envisager, ensemble, ce qu’on pourrait, devrait faire autrement.

Le sauvage et le politique

Édouard Jourdain, PUF, 2023

Même assortie de précautions d’usage, la distinction raide entre « sociétés sans État » (immense paquet !) et sociétés étatiques (idem !) structure beaucoup trop le propos. Dans ces conditions, évidemment, il trouve ce qu’il a posé d’avance ; comme il faut bien faire quelque chose des continuités, territoriales ou temporelles, il écrit des propos comme « dans les sociétés qui voient poindre l’État, les prêtres vont avoir la fonction de doubler le roi. » Que de maladresses, pas seulement syntaxiques !

Je ne suis pas convaincu par les grandes généralités anthropologiques sur le sacré, la peine de mort, le sacrifice, le rituel, en circulant à toute berzingue du Moyen Âge européen aux civilisations précolombiennes, en passant par l’Antiquité, le tout soutenu par René Girard (cf. page 89)

Mal écrit, mal pensé : synthèse sur Engels (ô combien maladroite) page 199 et suivantes. Encore un compilateur bibliophage, faible en conceptualisation, et beaucoup moins fort en synthèse que d’autres (Mazurel). De la dissertation étudiante : page 167,170, etc.

Perspectives : page 329. Des collectifs humains et non humains sur les territoires (« des alliances »). Page 338 et suivantes : les pirates comme modèle. Page 356 et suivantes : de bonnes règles démocratiques (consensus, délibération, etc.)

Il y a de quoi s’appliquer à comprendre ce qui ne va pas, tout comme un musée de province permet de saisir ce qui va, ce qui est fort dont des œuvres majeures. À regarder à la hauteur de la phrase (le plus facile : construction maladroite, charabia, amphigouri), de la construction (au secours mes maitres ! Vite, des exemples, des citations pour soutenir les idées branlantes), du propos d’ensemble (plus dur, mais introduction et conclusion donne un bon aperçu de la vacuité du propos).

Peut-être que ce type de livre manifeste l’épuisement de cette approche de l’essai du penseur solitaire qui se noie dans l’océan des livres publiés et qui tente une compilation/synthèse hétéroclite, tambouille sans conscience, cohérence, nouveauté.

https://www.puf.com/content/Le_sauvage_et_le_politique

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/05/09/le-sauvage-et-le-politique-d-edouard-jourdain-un-autre-regard-sur-la-civilisation_6172631_3232.html

https://lundi.am/Nouvelles-conjurations-sauvages

Le plaisir de penser

André Comte-Sponville, Vuibert, 2022.

Le mouvement de l’histoire sociale comme celui des pensées philosophiques : il y a bien une progression, parce que chacun lit et se situe par rapport à ses prédécesseurs, mais pour en faire ce que bon lui semble, sans suivre une règle. Idem pour l’art ?

De l’abus de la métaphore : fondements et fondations, profondeur, enfoui ; disponible, visible, en surface, construit ; source de vie, ressources ; techniques, maitrise.

« Mais il faut bien insolent pour s’y tenir. »

« Un œil ne peut se voir lui-même. »

Le temps

Comme le langage : on ne peut pas penser en dehors du temps. « Autant, suspends ton vol ! » Oui, mais combien de temps durera la suspension ? « Je voudrais bien que le temps s’arrête. » ACS : « L’idée d’un arrêt du temps n’est pensable que dans le temps, donc elle ne l’est pas. »

Bel exemple des limites de la substantivation. Encore plus net : « le présent » (c’est-à-dire l’instant présent), par essence, par définition jamais identique !

Projet d’écriture : comme « combien mesure 1 m ? », écrire quelque chose sur « combien de temps dure une minute ? »

Fausse opposition objectif/subjectif. Encore un piège du langage. Ce qui est extérieur à moi (à mon temps ressenti) n’est pas objectif, absolu, c’est le temps ressenti de l’autre (dans sa forme de vie) le temps de la règle, convenu, jamais strictement extérieur.

D’abord une abstraction, comme « le nombre ». Le problème de la définition disparait si on se contente d’évoquer l’évènement (le jour, le lever du soleil, l’éclosion de la fleur, l’ébullition de l’eau).

L’homme

Encore plus que le temps : qui a besoin de définir « l’homme » ? Qui doute sur ce qu’est un homme ?

Dans les pièges du substantif : un homme (singulier) vs un homme (générique). Sans parler de l’homme qui n’est pas une femme.

Sartre : « L’existence précède l’essence. » Qu’est-ce que ça donne avec des verbes ? « On existe avant que d’être » ? « J’existe, puis je suis. » ?

Page 49, citation Marx Engels. « Le langage et la conscience réelle, pratique, existant aussi pour d’autres hommes, existant donc alors seulement pour moi-même aussi. […] La conscience est d’emblée un produit social. » (L’idéologie allemande)

Citations Emmanuel Kant, page 413

La mort

Je crois que tout ce livre va buter sur le choix d’entrer sur des questions philosophiques par un seul mot (plutôt qu’un auteur, une question). Intituler un chapitre « la mort », puis disserter sur « un objet » (première ligne du texte). Comment éviter le piège de la substantivation ? Employer toutes les ressources de la grammaire (ce qu’il fait nécessairement en associant, verbes conjugués, prépositions, adverbes, etc.).

Un animal n’est pas en mesure de distinguer absence et mort d’un congénère (à moins de tuer ?). Est-ce que la peur de la mort est présente dans une lutte entre une proie et un prédateur ?

Poser une définition de « mourir » plutôt que de la mort décale aussitôt le problème !

Métaphysique : ce qui excède toute physique possible.

Le problème n’est pas la mort de soi, mais la mort des autres. Et sans doute est-il partagé avec d’autres animaux ? Au moins pour les espèces avec une certaine sociabilité, un attachement à des congénères, ne serait-ce que la progéniture.

La connaissance

Page 189, citation Alain.

Page 210, Lequier

La liberté

Page 249, Anti Dühring. Incroyable (très étonnant) que j’en sois si éloigné aujourd’hui. Très étonnant aussi cette louange de l’intégration, de la conformité aux prescriptions, aux lois, à la règle à suivre.

Comme pour le chapitre sur « la morale », c’est toujours une approche centrée sur le « je » : c’est l’individu, le sujet qui philosophe, qui raisonne, qui s’imagine jouant de l’anneau de gigues de GS.

Le problème n’est pas le vol, la violence, le mensonge, parfois si utiles, mais leur juste proportion, leur bon usage.

Je me sens de plus en plus loin des lumières, de Kant, Rousseau et de leur apologie de la raison, de l’universel (impératif catégorique, contrat social). J’y lis une négation de la singularité, de la marginalité qui tient la page, des savoirs incorporés, de la renormalisation dans l’activité. Si apprendre, c’est acquérir et entretenir des réflexions, la raison et le concept ne sont que des moyens, et pas des buts en soi.

https://www.vuibert.fr/ouvrage/9782311150087-le-plaisir-de-penser

La fabrique des jugements – Comment sont déterminées les sanctions pénales

Arnaud Philippe. La Découverte, 2022.

Je ne l’ai que commencé, et les réserves de la critique LVDI ne me font pas regretter de ne pas être allé plus loin dans un livre ardu et discutable.

Tout de même : la logique de durcissement continue depuis (au moins) 20 ans est effrayante. Toujours plus de lois, et donc de délits, toujours plus réprimés, et alors toujours plus de peines. Tout cela dans une démagogie à la fois vaine et assumée.

https://www.editionsladecouverte.fr/la_fabrique_des_jugements-9782348067983

https://laviedesidees.fr/IMG/pdf/20221201_juges.pdf

http://www.huyette.net/2022/07/la-fabrique-des-jugements-bibliographie.html