La sociologie du risque

Le gout du risque (ie la recherche de sensations fortes), contrecoup de la « sécurité sociale » ? Nous voilà tellement en sécurité que certains compensent par des activités dédiées au risque. Nous voilà tellement transportés qu’on pratique assidument le jogging ou la randonnée. Nous voilà tellement nourris qu’on en fait des régimes et de jeûnes. Nous voilà tellement soignés qu’on en tombe malade.

« Qui ne risque rien n’a rien. »

« Seul le risque librement choisi est valeur. » (page 12).

« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. » (Corneille)

« La peur est moins liée à l’objectivation du risque (ie au danger) qu’aux imaginaires induits. »

Le risque :

  • impondérable, hors de toute maitrise : un événement « naturel », une catastrophe sociale, environnementale
  • effet d’une négligence, technique ou organisationnelle
  • produit d’un choix, selon un calcul assurantiel

On est enclin à surévaluer ses capacités à faire face, et à dénier les risques (page 47).

Comme toujours chez cet auteur, la construction est trop hâtive : le flot de considérations est entrainant, mais gagnerait à être canalisé.

https://www.cairn.info/sociologie-du-risque–9782130581079.htm

https://www.puf.com/content/Sociologie_du_risque

Manifeste anarcha-féministe

Des limites de la déclamation : celle qui porte la parole l’accapare. Comment est déterminé le format d’un « manifeste » ? Pourquoi pas plus long, plus court ? Comment savoir si le clou sur lequel on tape est enfoncé ? Tant qu’à dire…

https://www.payot-rivages.fr/payot/livre/manifeste-anarcha-f%C3%A9ministe-9782228932288

Les Hommes qui me parlent

Une quatrième de couverture que fait envie, des commentaires élogieux, tout pour attirer. Et non. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Réessayer plus tard ? Trop explicite ? Ou pas assez ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Hommes_qui_me_parlent

https://www.lemonde.fr/livres/article/2011/11/17/les-hommes-qui-me-parlent-d-ananda-devi_1604896_3260.html

Une journée fasciste. Célestin et Élise Freinet, pédagogues et militants

L’entrée est très historique : les Freinet dans le contexte de leur époque aux prises avec une administration. L’écriture s’appuie beaucoup sur des sources, en particulier la correspondance de l’instituteur avec son inspecteur, son recteur, le ministre même. Il y a quelque chose de plus direct, de plus simple qu’aujourd’hui, mais pas moins de contrôle hiérarchique, peut-être même plus de regards sur la bonne moralité du fonctionnaire. Un regret : la problématique semble avant tout orientée par les archives disponibles, en tout cas celles consultées, et on ne voit pas beaucoup Freinet animateur d’un réseau de correspondants, inscrit dans un mouvement collectif de la profession.

https://agone.org/livres/une-journee-fasciste

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/11/30/une-journee-fasciste-ou-comment-les-freinet-ont-fait-ecole_6152269_3232.html

L’enquête narrative en sciences humaines et sociales

Hervé Breton. Armand Colin, 2022.

https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/enquete-narrative-en-sciences-humaines-et-sociales

https://www.erudit.org/fr/revues/fp/2022-v30-n2-fp07850/1098069ar/

Objectif annoncé dès la première page de l’introduction : « constituer des connaissances ». Rien de plus sur les finalités de l’enquête : le propos s’inscrit dans « la recherche » savante, universitaire, activité en soi, gratuite au sens où elle n’a pas à discuter de son utilité. Pourquoi faire raconter des vies ? La finalité a quand même un effet retour sur les méthodologies de l’enquête… Plus étroitement encore : une préoccupation majeure semble de faire une place au champ délimité du « chercheur », à le légitimer aux côtés de sciences plus évidemment objectives, plus quantitatives, plus « nomotétiques ».

La forme rejoint le fond. Le propos est dument référencé (Foucault, Dewey, Ricoeur), très argumentatif, minutieux, mais aussi ampoulé, alambiqué même, versant dans l’esbroufe : « regardez comme je cause savant ». Peut-être ne faut-il pas juger trop vite le style, percevoir ce qui relève du conventionnel, de l’entre soi, du « jeu de langage » entre doctes professionnels ? Tout de même : cf. page 30, dernière phrase du paragraphe.

Des limites de l’expérience :

  • seulement du « sens commun » ;
  • singulière : et alors avec quelle limite de validité ?

Que recueillir, et comment ?

Il se focalise beaucoup sur la question de la temporalité, dans la mesure où c’est d’abord le genre des biographies de vie qui l’occupe. Mais pourquoi seulement deux régimes « cinétique » (le temps bref de la description, les détails ; le temps long du parcours de vie) ? (Page 29) ça me semble tout de même limite d’amalgamer sur une seule ligne de vie :

  • le déroulement chronologique « factuel », tel qu’on pourrait leur reconstituer à partir de traces matérielles (diplômes, feuilles de salaire, etc.) ;
  • les évènements sédimentés, et donc présents, en bloc, à la mémoire à l’instant de la remémoration, de l’évocation des souvenirs, avec des trous, des chevauchements, des inversions, qui ne sont pas des erreurs, qui font sens, parce que c’est cette reconstruction mémorielle qui porte le sujet ;
  • ce qu’on peut en dire dans le cadre d’un récit, d’une élaboration langagière qui aboutit à une autre construction, socialisée (adressée au destinataire du récit).

Abus de la métaphore de la sédimentation, l’enquête narrative comme fouille archéologique ou géologique. D’ailleurs, l’archéologie elle-même tient compte du fait que la sédimentation n’est pas passive, transforme les objets, n’en conserve que certains, et jamais en l’état originel.

Page 51 : régime alèthurgiques (Foucault) : perception de durée, de continuité, de vérité.

Page 57. Il situe les fondements de l’entretien d’explicitation dans la philosophie de Husserl : voir ce que ça donnerait dans la critique Wittgenstein ? La verbalisation comme activité adressée plus que comme exploration de « signifiants intériorisés, privés » (Piaget) ? Cf aussi page 120.

Page 61 : faire dire autre chose que ce qui vient en première intention, qui serait trop ordinaire, attendu, insuffisamment maitrisé, élaboré ?

Page 97 : relations chercheur/narrateur. Celui-là doit produire un effet sur le travail d’exploration du vécu et de mise en mots de l’expérience de celui-ci.

Page 102 : deux « guidances » majeures : inciter à poursuivre (« et ensuite ? ») ; inciter à concrétiser (« comment avez-vous fait ? »). Dommage qu’il n’y ait pas plus d’exemples !

Page 123 : « aspectualisation » : distinction entre cognitif, perceptif, affectif et corporel.

Est-ce bien raisonnable de vouloir ainsi formuler une approche savante et méthodique de la collecte des récits de vie ? Est-ce que les mêmes contenus n’auraient-il pas pu être proposés de façon beaucoup plus forte à partir de quelques exemples ? En racontant concrètement le travail du collecteur, ces astuces de guidance » au-delà de ce qui lui prescrit l’universitaire ?

L’humour juif – Anthologie littéraire

« Pourquoi un Juif répond-il toujours à une question par une question ? » « Et pourquoi pas ? »

Ne lire que des extraits, pour gouter, glaner quelques images, entendre quelques voix. On ne s’attarde pas sur les personnages, comme on ne prolonge pas la rencontre avec le monsieur d’à côté dans le wagon, la dame de la table voisine dans le restaurant. On ne les oublie pas pour autant, pas tous en tout cas.

Là, c’est un peu grinçant. Pas d’Artaban ou de Tartarin, mais pas de Cosette ou de Thénardier. Des entreprenants qui comptent d’abord sur l’astuce, la débrouille, la malice, sans illusion sur le prochain coup du sort. Chacn fait son chemin à sa guise, mais dans un périmètre bien délimité, des façons de faire balisées : faire la manche, et en réciproque l’aumône (Le Roi des Schnorrers)  ; se faire passer pour le fils d’un héros, et, quand la bonne idée se répand au risque d’impairs, monter une association pour se répartir les territoires de cette entourloupe (Ilf et Petrov).

https://www.parislibrairies.fr/livre/9782258089754-l-humour-juif-collectif/

https://www.la-nouvelle-quinzaine.fr/mode-lecture/rien-de-plus-drole-que-le-malheur-38