Les Hommes qui me parlent

Une quatrième de couverture que fait envie, des commentaires élogieux, tout pour attirer. Et non. Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? Réessayer plus tard ? Trop explicite ? Ou pas assez ?

https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Hommes_qui_me_parlent

https://www.lemonde.fr/livres/article/2011/11/17/les-hommes-qui-me-parlent-d-ananda-devi_1604896_3260.html

Une journée fasciste. Célestin et Élise Freinet, pédagogues et militants

L’entrée est très historique : les Freinet dans le contexte de leur époque aux prises avec une administration. L’écriture s’appuie beaucoup sur des sources, en particulier la correspondance de l’instituteur avec son inspecteur, son recteur, le ministre même. Il y a quelque chose de plus direct, de plus simple qu’aujourd’hui, mais pas moins de contrôle hiérarchique, peut-être même plus de regards sur la bonne moralité du fonctionnaire. Un regret : la problématique semble avant tout orientée par les archives disponibles, en tout cas celles consultées, et on ne voit pas beaucoup Freinet animateur d’un réseau de correspondants, inscrit dans un mouvement collectif de la profession.

https://agone.org/livres/une-journee-fasciste

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/11/30/une-journee-fasciste-ou-comment-les-freinet-ont-fait-ecole_6152269_3232.html

L’enquête narrative en sciences humaines et sociales

Hervé Breton. Armand Colin, 2022.

https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/enquete-narrative-en-sciences-humaines-et-sociales

https://www.erudit.org/fr/revues/fp/2022-v30-n2-fp07850/1098069ar/

Objectif annoncé dès la première page de l’introduction : « constituer des connaissances ». Rien de plus sur les finalités de l’enquête : le propos s’inscrit dans « la recherche » savante, universitaire, activité en soi, gratuite au sens où elle n’a pas à discuter de son utilité. Pourquoi faire raconter des vies ? La finalité a quand même un effet retour sur les méthodologies de l’enquête… Plus étroitement encore : une préoccupation majeure semble de faire une place au champ délimité du « chercheur », à le légitimer aux côtés de sciences plus évidemment objectives, plus quantitatives, plus « nomotétiques ».

La forme rejoint le fond. Le propos est dument référencé (Foucault, Dewey, Ricoeur), très argumentatif, minutieux, mais aussi ampoulé, alambiqué même, versant dans l’esbroufe : « regardez comme je cause savant ». Peut-être ne faut-il pas juger trop vite le style, percevoir ce qui relève du conventionnel, de l’entre soi, du « jeu de langage » entre doctes professionnels ? Tout de même : cf. page 30, dernière phrase du paragraphe.

Des limites de l’expérience :

  • seulement du « sens commun » ;
  • singulière : et alors avec quelle limite de validité ?

Que recueillir, et comment ?

Il se focalise beaucoup sur la question de la temporalité, dans la mesure où c’est d’abord le genre des biographies de vie qui l’occupe. Mais pourquoi seulement deux régimes « cinétique » (le temps bref de la description, les détails ; le temps long du parcours de vie) ? (Page 29) ça me semble tout de même limite d’amalgamer sur une seule ligne de vie :

  • le déroulement chronologique « factuel », tel qu’on pourrait leur reconstituer à partir de traces matérielles (diplômes, feuilles de salaire, etc.) ;
  • les évènements sédimentés, et donc présents, en bloc, à la mémoire à l’instant de la remémoration, de l’évocation des souvenirs, avec des trous, des chevauchements, des inversions, qui ne sont pas des erreurs, qui font sens, parce que c’est cette reconstruction mémorielle qui porte le sujet ;
  • ce qu’on peut en dire dans le cadre d’un récit, d’une élaboration langagière qui aboutit à une autre construction, socialisée (adressée au destinataire du récit).

Abus de la métaphore de la sédimentation, l’enquête narrative comme fouille archéologique ou géologique. D’ailleurs, l’archéologie elle-même tient compte du fait que la sédimentation n’est pas passive, transforme les objets, n’en conserve que certains, et jamais en l’état originel.

Page 51 : régime alèthurgiques (Foucault) : perception de durée, de continuité, de vérité.

Page 57. Il situe les fondements de l’entretien d’explicitation dans la philosophie de Husserl : voir ce que ça donnerait dans la critique Wittgenstein ? La verbalisation comme activité adressée plus que comme exploration de « signifiants intériorisés, privés » (Piaget) ? Cf aussi page 120.

Page 61 : faire dire autre chose que ce qui vient en première intention, qui serait trop ordinaire, attendu, insuffisamment maitrisé, élaboré ?

Page 97 : relations chercheur/narrateur. Celui-là doit produire un effet sur le travail d’exploration du vécu et de mise en mots de l’expérience de celui-ci.

Page 102 : deux « guidances » majeures : inciter à poursuivre (« et ensuite ? ») ; inciter à concrétiser (« comment avez-vous fait ? »). Dommage qu’il n’y ait pas plus d’exemples !

Page 123 : « aspectualisation » : distinction entre cognitif, perceptif, affectif et corporel.

Est-ce bien raisonnable de vouloir ainsi formuler une approche savante et méthodique de la collecte des récits de vie ? Est-ce que les mêmes contenus n’auraient-il pas pu être proposés de façon beaucoup plus forte à partir de quelques exemples ? En racontant concrètement le travail du collecteur, ces astuces de guidance » au-delà de ce qui lui prescrit l’universitaire ?

L’humour juif – Anthologie littéraire

« Pourquoi un Juif répond-il toujours à une question par une question ? » « Et pourquoi pas ? »

Ne lire que des extraits, pour gouter, glaner quelques images, entendre quelques voix. On ne s’attarde pas sur les personnages, comme on ne prolonge pas la rencontre avec le monsieur d’à côté dans le wagon, la dame de la table voisine dans le restaurant. On ne les oublie pas pour autant, pas tous en tout cas.

Là, c’est un peu grinçant. Pas d’Artaban ou de Tartarin, mais pas de Cosette ou de Thénardier. Des entreprenants qui comptent d’abord sur l’astuce, la débrouille, la malice, sans illusion sur le prochain coup du sort. Chacn fait son chemin à sa guise, mais dans un périmètre bien délimité, des façons de faire balisées : faire la manche, et en réciproque l’aumône (Le Roi des Schnorrers)  ; se faire passer pour le fils d’un héros, et, quand la bonne idée se répand au risque d’impairs, monter une association pour se répartir les territoires de cette entourloupe (Ilf et Petrov).

https://www.parislibrairies.fr/livre/9782258089754-l-humour-juif-collectif/

https://www.la-nouvelle-quinzaine.fr/mode-lecture/rien-de-plus-drole-que-le-malheur-38

La raison et la colère – Un hommage philosophico-politique à Jacques Bouveresse

Très intéressant en lire en parallèle à « Les vagues du langage ». Curieux sentiment que d’être davantage en accord avec une philosophe qu’avec celui qui connait considérablement mieux que moi son œuvre. C’est bien toute la limite de l’exégèse et du commentaire : on peut avoir conscience de ne pas tout comprendre, et avoir tout de même la prétention de ne pas comprendre la même chose, voire, quel toupet, de mieux comprendre. En tout cas autrement. Ou peut-être vu d’une autre forme de vie, parce que je ne suis pas universitaire, contrairement à Bouveresse qui revendique cette appartenance, qui est pris dans ses enjeux, même dans le rôle du trublion. Je cultive la marginalité, au moins intellectuelle, alors je me permets de. Par exemple ne pas partager ce souci de défendre la raison et l’objectivité, rejetant le reste dans le relativisme. Ça me semble tout l’enjeu : garder le cap des règles qui ne sont pas que de convention parce qu’elles participent aussi du monde et pas seulement de la communauté humaine, mais qui n’existent que par leur application par les humains, un par un.
Bouveresse est un adepte du raisonnement méticuleux, ce qu’il considère comme de la rigueur : une argumentation pas-à-pas, qui s’appuie sur les textes, ceux de Wittgenstein et d’autres épigones, commentateurs et exégètes. Il est à la recherche de la bonne interprétation. Il démonte celle de Kripke, semble estimer qu’il ouvre la voie à ce qu’a vraiment voulu dire Wittgenstein, et pas autre chose. Mais voilà : n’est-on pas en train de transformer tous les écrits du philosophe en matière à commentaires pour d’autres, là où sa production visait autre chose : éclairer le rôle de la philosophie, tenir un discours sur ce que le langage permet aux humains qui le pratique, en font usage. Bouveresse a-t-il l’ambition de prolonger l’œuvre ? Au moins la démarche ?
Est-ce qu’il réfléchissait à son propre jeu de langage ? Quelle est la bonne longueur pour un livre ? Combien de fois faut-il tourner autour d’une question pour pouvoir prétendre l’avoir observée sous toutes les coutures ? Combien faut-il avoir lu de livres, de revues et articles, écouté de colloques et de conférences, pour s’autoriser à soutenir son point de vue ? Que dire aux lecteurs qui leur permettent d’accéder à une signification partagée ? Que faire de ces questions embarrassantes : jeux de langage, forme de vie, suivre une règle, autant d’expressions qui ne peuvent plus avoir le même sens, à présent qu’elles ont été pétries tant de fois par tant de commentateurs, que lorsqu’elles ont été employées pour la première fois par le philosophe. N’est-ce pas alors vain de se poser comme le bon lecteur ?

https://www.seuil.com/ouvrage/la-raison-et-la-colere-jean-claude-monod/9782021509021

https://www.lemonde.fr/livres/article/2022/05/20/la-raison-et-la-colere-de-jean-claude-monod-et-les-vagues-du-langage-de-jacques-bouveresse-la-chronique-philosophie-de-roger-pol-droit_6126909_3260.html

https://www.philomag.com/livres/la-raison-et-la-colere-un-hommage-philosophico-politique-jacques-bouveresse

Police : la loi de l’omerta

Cinq récits, sinon de travail, du moins de parcours professionnels : quelques mots sur le milieu social et familial d’origine, la formation initiale (et alors des entrées dans la vie souvent cabossées, avec la séduction d’un métier « de force » pour y trouver un cadre, une implication physique, un rapport à l’ordre, à la loi) ; la vocation initiale ; les premiers pas qui confortent le choix ; les premières déconvenues qui ne découragent pas ; la progression de carrière, comme quoi c’est possible ; les bisbilles qui s’accumulent, chamailleries qui tournent à l’aigre, qui déboussolent ; les conflits ouverts, fortement interpersonnels, avec parfois un brin de syndicalisme.

Ça ne fonctionne pas bien. D’abord parce qu’on ne voit pas grand-chose du travail ordinaire, qui reste à l’arrière-plan : l’activité au quotidien, dans les bureaux ou dans la rue, ce qu’on fait et ce que ça fait à celui qui le fait.

Ensuite parce que le rédacteur est un narrateur extérieur : on ne sait trop qui, qui se pose en intermédiaire entre le personnage et le public, pour expliquer sa vie autant que pour la raconter. Cela donne l’impression d’une plaidoirie (pas très bien écrite) d’avocat, retraçant le parcours de son client, expliquant au ministère public le triste sort qui lui a été fait. Le lecteur se trouve pris dans le triangle victime (le brave policier, qui ne comprend pas bien ce qui lui arrive, se démène de son mieux, avec peut-être les quelques défauts qui le rendent d’autant plus humain, dans le fond) – bourreau (l’administration générale, puisque c’est la cible du livre, mais en fait souvent sous le visage d’un chef patibulaire, qui met du sien pour faire du mal, et que personne n’ose arrêter) – sauveur (celui qui donne la parole à l’opprimé).

Peut-être une limite de l’approche « lanceurs d’alerte » : le travailleur isolé qui crie à la fenêtre, alors que le dialogue sur le travail avec ses collègues est devenu impossible.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/03/22/police-la-loi-de-l-omerta-le-corporatisme-deletere-des-forces-de-l-ordre-vu-de-l-interieur_6166556_3232.html

1797. Pour une histoire météore

Beaucoup d’intentions séduisantes : une focale particulière, concentrant le propos sur la durée d’une année civile ; une épistémologie qui cherche à saisir la complexité autrement que par la description objective, l’exposé des faits, les explications causales, des emboitements de perspectives ; une posture d’auteure impliquée, se montrant au travail ; les objets historiques marginaux dans l’historiographie classique.

1. Mais pourquoi l’année ? Qui plus est dans un calendrier qui n’est pas celui en usage à l’époque ? « L’an six », ça aurait eu de l’allure ! Malgré une rapide allusion aux almanachs en introduction, le propos n’est pas du tout ancré dans une saisonnalité, au temps des repères calendaires spécifiques au rythme annuel. Et le même traitement aurait sans doute pu être appliqué à l’année précédente, ou à la suivante, pourquoi pas au trio 1796 – 1798. Parce que c’est bien son sujet, explicitement annoncé : la période qui termine la Révolution française et qui va déboucher sur le consulat.

L’année n’est pas (du tout) traitée comme objet en soi. Elle est toujours considérée comme un moment d’évolution à d’autres échelles de temps, plus petites. Elle est d’emblée pointée comme singulière parce que sans « grand-événements », sans perspectives de commémorations décennales, et ne vaudrait alors que rapportée à d’autres années d’importance, à commencer par 1789 (« l’année ou… »). Mais elle est ensuite ignorée, pas du tout substantivée, même sous le petit nom que l’auteur lui attribue, « 97 ».

2. L’approche épistémologique est de tirer au maximum sur la ficelle métaphorique de la météorologie (je n’avais jamais réalisé qu’il y a ce « ro » après « météo », pour désigner la diversité des phénomènes atmosphériques). Au risque d’être brumeux… C’est l’impressionnisme, ou Turner, qui l’emporte, plutôt que des grands peintres naturalistes américains (Albert Biestadt). C’est l’esthétique qui domine : c’est aérien, éthéré même, donc plaisant, mais finalement pas très consistant à mon gout. Comme si on laissait au lecteur la responsabilité d’en dégager un peu de sens, d’identifier les fronts froids et les fronts chauds.

3. L’abus de métaphore n’empêche pas une lecture platement déterministe, téléologique : la naissance de, la fin de, la transition entre, les premiers pas de (ce qui va advenir, ce qui est advenu, la suite que le lecteur connait bien). Peu d’aléas climatiques dans cette météo !

4. Une auteure qui s’expose, qui ne prétend pas faire œuvre objective, mais qui semble vouloir surtout se justifier, voire se regarder écrire, plus ce que montrer son travail artisanal.

5. Ce n’est pas (du tout) de l’histoire politique ou sociale classique, et les Soboul et consorts paraissent bien désuets d’un coup. Mais c’est une histoire très intellectuelle, parce que fondée sur des auteurs, des commentateurs de l’époque. Ils sont considérés comme connus, et le propos verse souvent dans le méta discours plutôt que de récits.

Plus ambitieux que convaincant au final, dommage. À suivre ? Comment aurait-il fallu s’y prendre ? Pour en faire quoi ?

https://journals.openedition.org/studifrancesi/51333

Les vagues du langage – Le « paradoxe de Wittgenstein » ou comment peut-on suivre une règle ?

Jacques Bouveresse, Seuil, 2022.

Platonisme : une signification existe indépendamment des êtres parlants qui s’expriment. D’une façon ou d’une autre, celui qui emploie un mot est censé s’y référer. Celui qui l’écoute pourrait mesurer les écarts à la référence (qui est plus qu’une norme sociale, qu’une convention, qu’une transaction produit d’une négociation).

Pour autant, on n’emploie pas un mot au hasard. On ne dit pas n’importe quoi : table plutôt que cheval. On s’efforce de respecter une règle. Mais dans quelle mesure « la règle » est commune à tous ? Les débats sur le paradoxe de Wittgenstein, les longues gloses sur ses écrits sont en eux-mêmes significatifs de l’inépuisable tentative de s’accorder dans le langage. La vérification de la conformité d’une règle à l’attendu (par exemple, est-ce que deux est identique à deux ?) est un acte humain, tout autant que l’exécution de la règle de la procédure.

Paradoxe de Kripke (c’est-à-dire de Wittgenstein selon Kripke) : est-ce que se tromper est identique à faire n’importe quoi ?

Qui peut savoir les significations nouvelles qu’un mot comme « travail » peut finir par prendre ce terme dans les années à venir ?

Apprendre à nager, à jouer aux échecs… et ensuite, savoir !

Patrice. Wittgenstein n’essaie pas d’expliquer, ne construit pas de théorie, il tente de décrire un usage du langage qui fasse sens, pour la philosophie ; qui aide à mieux parler du monde. Il est utile pour cet usage du langage : la réflexivité, ce qu’on se raconte, les théories qu’on fait sur le monde.

De la longueur du texte : au moins ça permet de cultiver une forme d’entrainement, reprenant fréquemment les mêmes gestes intellectuels. C’est un peu ce que fait Wittgenstein lui-même en multipliant les courtes considérations qui tournent autour du pot.

Page 162. « Nous utilisons instinctivement le langage de façon correcte ; mais nous avons en même temps une propension irrésistible, dont le langage lui-même, par des analogies trompeuses qu’il nous suggère, est le principal responsable, à construire une représentation correcte de cet usage. »

Peut-on historiciser, sociologiser cette affirmation ? Cette propension a-t-elle « toujours » été vraie ? Plus ou moins forte selon les cultures, les milieux sociaux ? Le langage est-il toujours été ainsi « suggestif », incitant aux analogies ? Et comment tout cela peut-il évoluer ? Le programme philosophique de Wittgenstein, « régler les problèmes philosophiques » (encore une histoire de règles ?) est-il en voie de réalisation ? Y a-t-il vraiment contribué ?

Page 174. « Si la phrase, considérée uniquement d’un point de vue syntaxique, est bien un composé (de ces mots), sa signification n’est pas un composé sémantique (de parties de signification). » Idem pour un texte, un discours. Dit autrement : la signification n’est pas discrétisable (contrairement au fonctionnement d’un ordinateur).

Modalités d’écriture : le recours à la citation. Pourquoi celle-ci plutôt qu’une autre ? Quelle longueur d’une citation à commenter ? Et surtout, au nom de quoi hacher un texte en menus morceaux censés disposer d’une unité de sens (même si le style d’écriture de Wittgenstein favorise cet usage de ses propos) ?

Page 207. Comme s’il fallait justifier de renoncer à donner une définition absolue de « je comprends ». Que craint-il ? C’est au contraire le flou, l’incertain, l’approximatif dans le suivi de la règle qui favorise l’activité. Heureusement qu’on n’est jamais sûr de comprendre.

Page 293. Pour résumer pour définir « scepticisme ».

Fascinante capacité à couper les cheveux en quatre, à mener des raisonnements longs et pointilleux (jamais assez ?), tel un virtuose de l’argumentation philosophique. Mais à quoi bon, quand force est de constater que personne ne parvient à convaincre autrui ? Que chaque philosophe reste sur ses positions, ou bien par ailleurs, enchaine sur de nouvelles boucles argumentatives ?

Patrice. La grammaire (ensemble de règles explicites, verbalisées) est postérieure à l’usage de la langue. L’apprentissage (l’instruction) nous convainc de l’inverse : il faudrait connaitre les règles pour bien parler.

Lorsque j’apprends un mot (une règle) à un enfant, je ne peux pas être sur de la signification qu’il lui donnera en l’employant tout au long de sa vie (souris, écran, 49 – 3, retraite, la Loire, etc.). Guère mieux sur les usages passés : ce que ces mots « voulaient dire », signifiaient pour moi dans mon enfance, ou pour d’autres humains avant moi. Je peux juste en parler. Mais c’est déjà beaucoup.

Page 314. « L’homme qui est dit que l’on ne peut descendre deux fois dans le même a dit une chose fausse : on peut descendre deux fois dans le même fleuve. »

Page 365. « Peut-on réduire la pensée (les discours sur) à des conditions matérielles ? »

Patrice. Pourquoi Bouveresse n’écrit-il pas comme Wittgenstein, par brèves remarques plutôt que de raisonnement ? Avec des interpellations en « tu… » ? Sans citer le petit monde des philosophes ? Avec sa façon de réfléchir, à voix haute, prudemment, plutôt que de produire des démonstrations méthodiques ?

Patrice. Ce qui est source d’embrouilles (en tout cas de polémiques entre philosophes), c’est que le langage est utile (utilisé) à la fois pour parler du monde (des faits) et pour parler de lui-même (on croit par exemple pouvoir faire correspondre des paroles avec des états mentaux).

Page 334. Des phrases grammaticalement similaires peuvent parler de faits (Dupont est mort), de règles (l’addition), d’impressions (Dupont est courageux).

Page 336. Définition du scepticisme : on ne sait jamais.

Page 340. Pourquoi est-ce que je suis une règle : par décision ? Par intuition ? Mécaniquement ? Par raisonnement ? Du fait d’une cause physiologique ?

Page 342. Distinction entre capacité (permanente, comme jouer aux échecs, marcher, additionner) et états (ému, malade).

Page 353 Wittgenstein vs Husserl

Page 361. Ce qui se passe en moi lorsque je veux dire (par exemple pour un homonyme)

Page 384 : Platon vs Kripke

Page 372. Problème : peut-on dire qu’une règle est déconnectée du temps et de l’espace, comme elle l’est de la communauté ? 2 +2 =4 intemporelle ? Mais si : page 384, puisque « suivre une règle » est « une coutume ou une institution ». Page 391. Citation « qu’est-ce que le temps ? »

Page 398 : est-ce que 2 +2=4 est anhistorique ? Ou plutôt dans quelle mesure est-ce une affirmation contingente à la façon de l’écrire, renvoyant à un fait réel existant indépendamment du fait que j’en parle ? « Le calcul ne décrit pas ce qui se passe, nous dit ce qui doit se passer. » Une étape dans une démonstration mathématique n’est pas un coup dans une partie d’échecs.

Patrice. Est-ce que ce n’est pas un peu facile de toujours dénier la question (« nous cherchons des explications pas nécessaires ») plutôt que d’y répondre ?

Page 408. Quoi d’autre que le platonisme ? S’il n’y a pas de rails à suivre, on en serait à l’improvisation systématique ?

Page 411. « p est vraie » équivaut à « p est reconnue comme vrai » ?

Page 425. Conclusion

Le langage mathématique peut formuler des propositions correctes, vraies, au-delà des circonstances de leur énonciation, de leurs locuteurs. Pour autant, ce n’est bien qu’une création humaine : au-delà du temps, mais pas éternelle (pas plus que l’humanité qui considère la proposition).

Page 495. Analogie du temps et de l’horloge : parler de celle-ci plutôt que de celle-là, parce qu’on voit de quoi on parle.

Page 502. Les mathématiques comme « mélange bariolé de techniques de démonstration ».

Patrice. Il fouille, avance minutieusement son chemin parmi les récits Wittgenstein et commentaires, mais pose peu de questions neuves, ou décalées comme : pourquoi les mathématiciens sont de mauvais philosophe ?

Page 529. Conventionnalisme : ce sur quoi les personnes s’accordent (plus ou moins ?) n’est pas dénué de rapport avec la réalité, donc de vérité ! Même le choix (c’en est un) d’une unité de mesure a un rapport avec l’usage que l’on en fait.

Patrice. Le problème de Wittgenstein de déterminer ce que peut ou doit la philosophie (décrire/expliquer) est le sien, ou celui de ses pairs (d’autres philosophes).

Page 568. Même pour les mathématiques, c’est l’usage (la fonction ?) de propositions qui aident à avancer sur la question de leur vérité.

Page 573, début du paragraphe 5. Excellent résumé, mais qui n’est que le point de départ plutôt que la conclusion ! Comment construire un discours (une pratique ?) philosophique sur cette base ?

https://www.seuil.com/ouvrage/les-vagues-du-langage-le-paradoxe-de-wittgenstein-ou-comment-peut-on-suivre-une-regle-jacques-bouveresse/9782020787710

https://www.revue-klesis.org/pdf/klesis-54-11-marrou-recension-bouveresse-vagues-langage.pdf

https://esprit.presse.fr/actualite-des-livres/pierre-fasula/les-vagues-du-langage-le-paradoxe-de-wittgenstein-ou-comment-peut-on-suivre-une-regle-de-jacques-bouveresse-44650